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L'histoire de St Martin de la Mer,
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St Martin de la Mer
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Le MORVAND ou essai géographique, topographique et historique sur cette contrée,
par Jean-François BAUDIAU, curé de Dun-les-Places, membre de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, et de plusieurs autres sociétés savantes. Nevers 1867

 

- Hiver rigoureux.

Le dix-huitième siècle, qui s'ouvre devant nous, commença par des fléaux pour finir par une horrible catastrophe. A peine, en effet, était-on arrivé à la neuvième année de cette période séculaire, qu'une cruelle disette réduisit les habitants du Morvand à la dernière extrémité. L'hiver, qui commença le 6 de janvier, fut extrêmement rigoureux. Pendant les trois premières semaines, le froid fut si excessif, les gelées devinrent si fortes, que dès le second jour , les rivières , aussi bien que les étangs , furent couvertes de glace d'une telle épaisseur, qu'elle portait comme la terre., Plusieurs manuscrits s'accordent à dire qu'en Morvand, la plupart des ruisseaux et des étangs gelèrent jusqu'à fond en moins de quatre heures , et que l'on vit, lorsque le dégel fut arrivé , des morceaux de glace de trois pieds d'épaisseur. A peine put-on, malgré les plus grands soins, conserver quelques pièces de vin dans les meilleures caves.

Les arbres se fendirent et gelèrent jusque dans leurs racines ; les noyers , les vignes (les vignes gelèrent encore le 17 mai), les genêts et les arbrisseaux furent presque tous perdus ; le gibier périt dans les champs. Des voyageurs furent trouvés morts sur les chemins. Les seigles et les froments fuirent presque totalement détruits dans tous les pays du voisinage, tellement qu'il fallut ensemencer les terres avec du vieux blé, quand on put en trouver. La plupart des cultivateurs laissèrent leurs terres en friche , parce qu'on ne pouvait avoir de semence , ni pour argent, ni pour or. Le Haut-Morvand, couvert d'une couche de neige très-épaisse , fut un peu moins maltraité. Les écrivains du temps rapportent que la paroisse de Saint -Brisson fut assez heureuse pour conserver plus de la moitié de sa récolte (Annuaire de l'Yonne, 1851, p. 308; manuscrits de Noël Berthaud, curé de Rouvray ; notes de Caziot, curé do Saint-Honoré, et de Guillot, curé de Maux.). La famine, qui suivit ce désastre, fut terrible. Le seigle, qui, l'année précédente, ne coûtait que dix-huit ou vingt sous, monta subitement à sept livres, mesure de Rouvray, et douze livres celle de Moulins-Engilbert. Les riches furent réduits à manger du pain d'avoine et les pauvres à brouter, au printemps, l'herbe des prés comme les bêtes. La mort moissonna des familles entières. On vit des paroisses perdre les trois quarts de leurs habitants. A Commagny, il y eut 191 décès sur 32 naissances; à Moulins-Engilbert 151 sur 30; à Préporché 96 sur 29. Beaucoup de familles, chargées d'enfants , les firent conduire à l'hôpital. Il en périt quatre mille à celui de Saint-Didier de Nevers (Registres des communes de Maux, de Préporché).

- Disette

Le vin, qui se payait, année commune, deux liards la pinte, se vendit jusqu'à douze sous, ce qui portait le litre à quarante huit, somme exorbitante , si on se rappelle la valeur de la monnaie à cette époque (Archiv. de Montsauche).

La détresse et la misère engendrent naturellement le vol et le désordre. Aussi vit-on, çà et là, des troupes de pauvres affamés courir les campagnes et se livrer à toute espèce de rapines, dévorant les animaux domestiques et broutant les blés, tellement qu'il fallut solliciter des ordonnances afin d'établir des messiers ou gardes pour veiller sur les champs ensemencés. Le brigandage devint même si excessif, que l'on planta des poteaux, avec carcans, où l'on attachait les voleurs pris en flagrant délit. Dans plusieurs localités, comme à Rouvray, on organisa, a l'époque de la moisson, des patrouilles pour veiller sur les récoltes pendant la nuit (Manuscrit de l'abbé Berthaud).

- Epizootie, elle ravage la France

A peine cinq années s'étaient-elles écoulées, qu'un autre fléau, qui désola successivement l'Alsace , la Franche-Comté , la Bourgogne et le Nivernais, vint affliger le Morvand. Une terrible épizootie se répandit sur tous les points de la contrée , et enleva une quantité prodigieuse d'animaux de l'espèce bovine, si nombreuse dans nos montagnes , dont elle forme la principale ressource. On employa divers genres de traitements; mais la maladie, continuant toujours ses ravages, on eut recours aux supplications publiques, et des processions eurent lieu dans toutes les paroisses. On se rendit aussi en pèlerinage aux lieux renommés, pour cet effet, par la dévotion populaire. Mais nulle part on ne vit une si grande affluence qu'à la chapelle de Saint- Grégoire , située au nord-ouest de Sainte-Magnance , village dit canton de Quarré-les-Tombes. Il y vint des pèlerins de l'Autunois, de l'Auxois, du Nivernais , et même du Charollais et du Chalonnais, tellement que, selon l'estimation commune, le nombre s'éleva à plus de dix mille (Manuscrit par un contemporain).

- Famine

En 1736, la famine se déclara de nouveau en Morvand. L'année précédente, une effrayante couche de neige, de plusieurs pieds d'épaisseur, avait couvert, pendant près de six mois, le centre de la contrée. Les moissons, presque détruites, avaient peu produit, et déjà les populations éprouvaient une une sorte de disette, lorsque des gelées terribles survinrent au mois de juin, et détruisirent l'espérance du laboureur.

Du 12 au 15 juillet même, elles se firent encore sentir rigoureusement dans des pays beaucoup plus tempérés , tels que l'Auxois et l'Auxerrois. Les chenevières, les vergers, les avoines et les orges furent entièrement gâtés (Annuaire de l'Yonne pour 1851, p 308; notice manuscrite).

Un mémoire, présenté alors au contrôleur général de Bourgogne, porte que le froment valait soixante livres le setier de Paris, le seigle trente , le sarrasin autant, et l'avoine vingt-quatre, et que même on ne pouvait en avoir pour de l'argent (Archiv. du château de La Roclie-en-Breny.). Le Morvand souffrit horriblement, et un grand nombre de personnes moururent dans les affreuses convulsions d'une faim dévorante.

- Orage furieux

Neuf ans après, un orage, tel que de mémoire d'homme on n’en avait vu d'aussi terrible, se forma tout-à-coup du côté de l'ouest, sur Châtillon-en-Bazois. Bientôt on le vit s'avancer avec un sourd et lugubre fracas, qui laissait pressentir facilement tout ce que l'on avait à en redouter. Les coups de tonnerre devinrent épouvantables, et la foudre et la grêle s'unirent incontinent pour renverser et pour détruire. Tout fut saccagé, anéanti de l'ouest à l'est, depuis Châtillon-en-Bazois jusqu'à SainteReine. Nos campagnes furent couvertes de débris des maisons, renversées sur leurs habitants, et les forêts encombrées d'arbres brisés ou déracinés.

- Nouvelle épizootie dans toute l'Europe

Ce n'est pas tout; une épizootie, plus terrible encore que celle que nous avons relatée plus haut, et qui, au rapport des mémoires du temps, épargnait à peine deux animaux sur cent, fondit sur l'espèce bovine et la détruisit presque tout entière cri Morvand. La chartreuse d'Apponay perdit tout le bétail de ses domaines.

Plus de onze cents pièces périrent dans la paroisse de Montsauche. Brassv, Dun-les-Places, Marigny-l'Eglise , Moux, Alligny, Ouroux, Planchez, Quarré-les-Tombes en conservèrent à peine pour cultiver les terres. Pendant deux ans entiers, on n'en vit plus aux marchés des environs. A Ouroux, par exemple, à la foire au 23 novembre 1745, il n'y eut, pour tout bétail, que sept chèvres. Deux ans plus tard., il y avait en Morvand, le 3 avril, un pied et demi de neige (Hist. de la chartreuse d'Apponay, p. 25; archiv. de la paroisse de Montsauche; registre paroiss. d'Ouroux).

Moins de quinze ans après, en 1758, des pluies torrentielles, qui commencèrent le 27 juin pour ne finir que le 7 septembre, ne permirent pas de rentrer les récoltes. Les foins pourrirent dans les prés et les seigles germèrent dans les champs. Une disette devait être la conséquence de ce contre-temps, elle eut lieu. Mais les années qui suivirent, et surtout la quatrième, furent si abondantes, que le seigle ne valut que quinze ou seize sous la mesure de Lormes , et le vin dix-huit livres le tonneau (Archiv. de Montsauclie et de Marigny-I'Eglise).

Le Morvand éprouva de nouveau, en 1766, un hiver semblable à celui de 1709. Le froid commença le 13 décembre et la neige le 22 , et continuèrent simultanément jusqu'au 17 février. Pendant cet intervalle, il mourut beaucoup de monde. On trouva des personnes gelées sur les chemins.

- Les seigles germent dans les champs, les foins pourrissent dans les prés

En 1770, il se déclara un autre hiver extrêmement rigoureux. Une épaisse couche de neige couvrit, pendant plusieurs mois, le pays tout entier et le tint comme enveloppé d'un funeste linceul. Des gelées désastreuses survinrent ensuite et détruisirent toutes les semences, à tel point qu'il n'y eut pas de seigle dans tout le Haut-Morvand. Des pluies continuelles, comme celles dont nous venons de parler, désolèrent la France entière. Cette année encore, on ne put enlever les blés, qui germèrent dans les champs , et les foins ne furent rentrés, dans nos campagnes, qu'au mois de septembre. Les céréales devinrent bientôt fort rares et se vendirent, savoir : le froment, dix livres la mesure de Lormes, et le seigle neuf (Archives de Montsauche). La population du Morvand eut encore à traverser une époque bien difficile; mais la récolte qui suivit fut très abondante. En 1778, la neige dura si longtemps que les semences pourrirent.

Il semble que, pendant le cours de ce siècle, nos malheureux pères ne dussent sortir d'une calamité, que pour retomber dans une autre. Une contagion ou peste, qui couvrit le pays de deuil, ravagea notre contrée en 1773; mais nul endroit plus que Saulieu n'eut à souffrir de ses funestes atteintes (COURTÉPÉE, 1ère édition, tome VI).

Au mois de décembre 1788, il survint un givre si extraordinaire, que les arbres, en grand nombre, furent brisés dans les forêts. On entendait, de toutes parts, d'horribles craquements. Les chemins étaient encombrés de débris. La gelée arrêta le cours des rivières. Les moulins ne pouvant plus tourner, on fut obligé d'en établir à bras pour se procurer du pain. Les étangs de Lormes gelèrent jusqu'à fond. Le peuple a toujours désigné cette époque sous le nom d'année du grand verglas.

- Etats généraux , la révolution éclate

Nous touchons enfin à ce moment terrible, à cette crise effrayante, qui va bouleverser la France tout entière, la couvrir, de l'orient à l'occident, de débris et de ruines, changer les institutions antiques de la monarchie et du royaume, proscrire la religion et le culte de Dieu, et, par-dessus tout, inonder la patrie du sang de ses enfants.

Depuis plusieurs années, une fermentation sourde régnait dans les esprits. Les finances de l'Etat étaient obérées. La philosophie, prêchée par les Voltaire, les Jean-Jacques Rousseau , les Diderot , les d'Alembert , avait porté des fruits de mort. L'incrédulité avait gagné les hautes classes, assez aveugles pour ne pas voir l'abîme qui se creusait sous leurs pas. Un amour effréné de la liberté et de l'indépendance dominait toutes les consciences. On demandait, de toutes parts, des réformes, et les privilégiés ne voulaient entendre à aucune composition. Enfin, chacun se sentait mal à son aise. La partie saine et éclairée de la nation comprenait qu'un changement et une amélioration dans le système politique et administratif étaient nécessaires, le roi lui-même les désirait; mais la difficulté était d'y arriver. Le mot d'États généraux, échappé comme par hasard, fit fortune et courut bientôt dans toutes les bouches; la convocation en fut résolue. Mais avant leur réunion, le monarque voulut connaître les voeux et les besoins du peuple, et il y eut, pour cela, des assemblées du tiers-état dans les grands bailliages royaux et seigneuriaux. Les cahiers de doléances, plaintes et remontrances, où l'on exposait les abus à retrancher et les réformes à opérer, y furent rédigés au mois; de mars 1789.

A Autun, à Saulieu, à Avallon, eurent lieu de ces sortes de réunions pour la partie du Morvand qui dépendait de la Bourgogne; à Nevers, pour celle qui relevait du Nivernais, et enfin à Saint-Pierre-le-Moûtier, le 16 mars, pour le comté de Château-Chinon et ses dépendances, et les autres francs-alleux, compris dans la province. L'assemblée du tiers-état de ce bailliage royal, à laquelle assistèrent les députés des paroisses de Château-Chinon, de Lormes, de Brassy, de Dun-les-Places, de Gien-sur-Cure, de Planchez, d'Ouroux, de Saint-Hilaire, de Saint-Léger-de-Fougeret, de Saint-Martin-du-Puy rédigea, le 22 mars, un cahier de doléances, composé de quatre-vingt dix-huit articles, dont plusieurs sont empreints de beaucoup de sagesse , et nous montrent les nombreux abus qui existaient à cette époque. Nous citerons, pour exemple, le quarante troisième :

" Que les justices seigneuriales, qui donnent aux paysans la faculté de plaider, qui augmentent la masse des procédures, qui multiplient les degrés de juridiction, qui favorisent la chicane, qui occasionnent la ruine des parties, en les obligeant à perdre beaucoup de temps et à faire des frais énormes pour les plus minces objets, qui manquent presque toutes d'auditoires et de prisons, et qui n'ont communément, pour juges, que des praticiens ignorants , qui tiennent leurs audiences dans les cabarets , et sont dans la dépendance absolue des seigneurs, qui ont le droit et le pouvoir de les destituer arbitrairement, soient supprimées " 

Convoqués le 4 mai, les Etats généraux prirent, le 17 juin suivant, à la majorité de quatre cent quatre-vingt-onze voix contre quatre-vingt-dix, le titre d'Assemblée nationale. Dès lors, il en fut fait de la vieille société française, la révolution était opérée.

Elle débuta terrible, le 14 juillet 1789, par la prise de la Bastille par le peuple. Les prisons ouvertes mirent en liberté une foule de malfaiteurs, qui épouvantèrent la France. Une terreur panique se répandit dans tout le royaume et s'empara subitement de nos campagnards, qui, armés de faux, de piques, de cognées, coururent, à l'annonce de l'arrivée des brigands, d'un village à l'autre sans jamais les rencontrer. Tel village, disait-on, est pillé, saccagé, tout y est à feu et à sang. On arrivait, c'était plus loin. Cette époque a toujours été nommée depuis, par les Morvandeaux, l’année de la peur.

Si les doctrines philosophiques et antichrétiennes avaient, comme nous l'avons dit plus haut, infecté les hautes classes , le peuple, lui, au moins, avait conservé l'antique esprit de foi et de religion. Les villageois du Morvand surtout se faisaient remarquer par leur attachement profond aux croyances de leurs pères.

Aussi virent-ils, avec chagrin, les spoliations opérées de toutes parts, en vertu du décret du 2 novembre 1789, qui déclarait les biens ecclésiastiques propriétés nationales. Ces biens, fruit de legs pieux et de fondations pour la mémoire perpétuelle des défunts, avaient été jusque-là, et à bon droit, respectés comme une chose sacrée; l'aliénation et l'acquisition devaient naturellement en être regardées comme criminelles, comme des actions impies qui porteraient malheur.

On comprend aisément que, sous l'influence de semblables idées, qui honorent nos pères, les acquéreurs durent se présenter en petit nombre, lorsqu'on vendit ces immeubles dans les divers districts du voisinage. Aussi, en Morvand, cette vente produisit peu au trésor publie. Elle ne fut réellement avantageuse qu'à quelques particuliers, moins délicats, ou moins religieux, qui s'enrichirent à peu de frais. On cite tel domaine payé avec le prix d'une partie du cheptel ; telle forêt qui ne coûta que le montant de quelques paires de bœufs. Une espèce de réprobation publique était restée, jusque dans ces derniers temps, attachée à ces sortes d'acquisitions.

- Nouvelle organisation de la France

L'Assemblée constituante ayant supprimé les provinces, et décrété, le 26 janvier 1790, une nouvelle division administrative de la France, le Morvand fut alors partagé, comme nous l'avons dit plus haut, entre les départements de la Côte-d'Or, de la Nièvre, de Saône-et-Loire et de l'Yonne - puis subdivisé entre les districts de Saulieu , de Semur, de Chàteau-Chinon, de Corbigny, de Moulins-Engilbert, d'Autun et d'Avallon.

Les districts ayant été supprimés, à leur tour, par la constitution de l'an VIII le pays fut réparti entre les arrondissements communaux de Beaune et de Semur, de Château-Chinon et de Clamecy, d'Autun et d'Avallon, et telle est la division administrative encore aujourd'hui existante. Plusieurs cantons, comme ceux d'Arleuf, de Brassy, de Cervon, de Montreuillon, d'Ouroux, de La Roche-Milay, de Rouvray et de Saint-Didier-sur-Arroux, furent aussi supprimés.

- Constitution civile du clergé. persécution

L'Assemblée nationale ne se renferma pas, comme on le sait, dans le cercle des affaires civiles et politiques. Poussée par la passion des innovations, qui s'était emparée des esprits, elle voulut aussi introduire dans l'organisation religieuse, les changements qu'elle venait d'opérer dans l'administration civile. Elle décréta donc, le 8 juillet suivant, sur le travail de Bois-Landry, marchand de la rue Saint-Denis, une nouvelle circonscription des diocèses, dont elle réduisit le nombre à celui des départements, et auxquels elle assigna les mêmes limites, ce qui amena la constitution civile du clergé. Le Morvand, presque tout compris dans l'antique diocèse d'Autun, fut alors divisé entre ce dernier, ceux d'Auxerre, de Dijon et de Nevers. Un serment , contraire aux principes canoniques (Voici ce serment : " Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'est confiée; d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi ; de maintenir, de tout mon pouvoir, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale, et acceptée par le roi ". Ce serment devint exigible en vertu d'un décret de l'assemblée du 25 octobre 1790, sanctionné par le roi le 27 décembre suivant), ayant été exigé ensuite de tous les prêtres, un certain nombre furent assez faibles pour se conformer à cette loi inique. Quelques uns, qui n'en avaient pas senti d'abord toutes les conséquences, ou qui avaient été entraînés par l'exemple de leur évêque , comme dans le diocèse d'Autun, se rétractèrent bientôt, et le corps du clergé se trouva divisé.

Les ecclésiastiques qui se soumirent et acceptèrent le nouvel ordre de choses, furent désignés, par leurs confrères, sous les noms de prêtres constitutionnels , intrus, assermentés ou jureurs. Ils restèrent, jusqu'à l'entière suppression du culte, tranquilles à la tète des paroisses, tandis que les prêtres fidèles et courageux, sous le nom d'insermentés on réfractaires, furent repoussés, poursuivis et traqués comme des bêtes fauves. Plusieurs d'entre eux s'expatrièrent et allèrent chercher à l'étranger la sûreté qu'ils ne trouvaient plus dans leur malheureuse patrie, D'autres, protégés par de pieux fidèles, qui s'exposaient ainsi à la persécution, même à la mort, échappèrent à toutes les recherches; mais le nombre en fut bien petit. La plupart, découverts et arrêtés, expièrent dans de sombres cachots ou au fond (le cale, de quelque galiote, leur fidélité à Dieu et à leur conscience. Parmi ces derniers, nous citerons J. Adelon, curé de Neuffontaines; Gagnard, curé de Marigny-l'Église ; Moreau aîné, jésuite résidant à Château-Chinon; Moreau jeune, son frère, curé de cette ville; Berthaut aîné, curé d'Arleuf; Berthaut jeune, son frère, curé de Glux; Massin, curé de Saint-Léger; le pieux Boussière, qui gouvernait avec beaucoup d'édification la paroisse de Chalaut; Commaille, curé de Dommartin; Pirel qui administrait celle de Saint-Hilaire; Pannetrat, curé de Poussignol, mort chanoine honoraire de Nevers; Bouffechon, religieux capucin, à Château-Chinon; Mallapart, curé de Luzy; Durand et Saclier, ses deux vicaires, et enfin l'abbé Ducrot, qui remplissait les mêmes fonctions à Bazoches.

Tous ces généreux confesseurs de la foi furent d'abord renfermés à Nevers, dans l'ancien grand séminaire, avec cinquante autres de leurs confrères des environs; puis transportés, par la Loire, jusqu'à Brest, en vertu du décret de la Convention du 26 mai 1792. Qui pourrait dire toutes les privations, toutes les souffrances qu'ils endurèrent pendant leur dure captivité ! Comme le bienheureux Ignace, évêque d'Antioche, ils pouvaient s'écrier que les hommes, pour eux, s'étaient changés cri bêtes féroces. et que leurs gardiens étaient autant de léopards; que le bien qu'iIs tâchaient de leur faire, rendait encore plus furieux et plus méchants (GODESCAR, Vie de saint Ignace, 2 février; Bréviaire parisien). On ne leur parlait qu'en jurant, ou en blasphémant. Il ne leur était pas permis, même en maladie, de se procurer quelques adoucissements. A Nantes, ils furent jetés au fond de cale d'une galiote , qui leur servit pendant quelque temps de prison. L' air qu'ils y respiraient, était si fétide, si corrompu, qu'un médecin, envoyé pour les visiter, se sentit, en entrant, suffoqué et couvert de sueur; aussi s'écria-t-il en se retirant promptement : " Si on mettait là quatre cents chiens pendant une nuit seulement, le lendemain on les trouverait morts ou enragés " (Légendaire d'Autun, tome I, p. 282; journal manuscrit d'un déporté).

Des quatorze vertueux prêtres du Morvand, neuf succombèrent sous le poids de leurs maux. Cinq seulement revirent, après un martyre de plus de deux ans et demi, les montagnes témoins de leur zèle et de leur ferveur; ce furent les dignes abbés Berthaut jeune , Pannetrat , Moreau jeune, Durand et Saclier (Notice historique sur l'abbé Imbert).

Cependant quelques prêtres, qui avaient échappé à toutes les recherches, se livraient, malgré le zèle barbare et la surveillance inhumaine de leurs persécuteurs, à l'exercice du saint ministère , baptisant les nouveau-nés, entendant les confessions des adultes et célébrant les divins mystères tantôt dans une -range obscure, tantôt aux abords d'une sombre forêt, ainsi que le fit Iongtemps le vénérable Charles-Gabriel Laumain, curé de Brassy; et toujours une foule considérable, accourue en secret, se pressait à ces sacrifices nocturnes, offerts à Dieu par un proscrit.

La profanation des églises était la conséquence naturelle de la rude persécution exercée contre les prêtres Des révolutionnaires exaltés renversèrent les autels , brisèrent les croix et les statues des saints, et changèrent ensuite ces asiles de la piété en lieux de réunions profanes et sacrilèges. Ce fut l'abomination de la désolation prédite par le prophète.

- Collot-d'Herbois et Laplanche en Morvand

En 1793, le farouche Collot-d'Herbois et le cynique Joseph Laplanche furent envoyés, par la Convention nationale, dans le département de la Nièvre , en qualité de commissaires extraordinaires. Ils arrivèrent le 26 avril à Château-Chinon, où ils furent froidement reçus, et tinrent, le même jour, à cinq heures et demie du soir, une assemblée générale dans l'église des Capucins. Là, se trouvaient réunis les administrateurs du district, le conseil général de la commune, le tribunal du district, le juge de paix et ses assesseurs, le comité des douze, le commissaire particulier du pouvoir exécutif, les agents militaires et les habitants extraordinairement convoqués.

Après la lecture de quelques décrets de la Convention, le citoyen Laplanche prit la parole, et ce fut d'abord pour se plaindre de la réception trop peu enthousiaste qu'on leur avait faite. " Il rappela, à cette occasion, à l'assemblée la grandeur du caractère, dont les représentants du peuple étaient revêtus, reprocha vivement aux autorités constituées de la ville d'avoir voulu avilir la représentation nationale au lieu de voler à leur rencontre ; il fit sentir que ce n'était point pour eux personnellement qu'ils demandaient des honneurs, mais pour le caractère sacré, dont ils étaient revêtus ; qu'ils les refusaient ces honneurs, lorsqu'on s'empressait de les leur rendre. Enfin , il se plaignit de ce que l'officier du poste de la garde nationale avait voulu les conduire au comité des douze , pour les faire reconnaitre , quoiqu'ils se fussent annoncés pour être les représentants du peuple. "

Le citoyen Collot-d'Herbois, ayant pris la parole après le furieux Laplancbe, adressa à l'assemblée les mêmes reproches, assaisonnés de sarcasmes encore plus violents , qui pénètrent de la plus vive douleur les autorités constituées; " il fit sentir combien la Convertion nationale s'occupait du bonheur du peuple et développa tous les avantages qu'il devait recevoir bientôt des travaux de ses représentants ".

Puis " il engagea tous les citoyens à dénoncer hautement les administrateurs infidèles, les magistrats prévaricateurs, les mauvais citoyens et les aristocrates ".

Alors plusieurs assistants dénoncèrent, en effet, Pétitier, l'aîné , " pour avoir outragé la révolution, et lui reprochèrent d'avoir tenu des propos injurieux contre le nouvel ordre de choses dans un plaidoyer devant le tribunal du district ".

Après avoir fait rendre compte aux divers administrateurs de leur gestion, les fougueux commissaires exposèrent que les canons étaient plus utiles que les cloches, et ordonnèrent qu'on ne laissât, dans chacune des églises, que la plus grosse, et que les autres fussent descendues sans délai. Ils firent ensuite prêter, par tous les fonctionnaires , ce serment républicain : " Je jure de maintenir l'unité et l'indivisibilité de la République, d'exterminer tous les tyrans et toutes les personnes qui proposeraient une dictature de triumvirs, ou un régent , comme encore de poignarder quiconque chercherait à dissoudre ou à avilir la Convention et enfin de vivre libre ou de mourir. "

De là, ils se transportèrent au pied de l'arbre de la liberté, où ils firent brûler toutes les archives du comté , en présence des autorités constituées et du peuple , qui, cette fois , fit entendre les cris de vive la République, vive la Convention, vivent les commissaires-représentants.

En traversant la ville pour se rendre à l'assemblée , Collot et Laplanche avaient aperçu , sur des puits , certaines grilles avec des fleurs de lis. Ils témoignèrent à la municipalité tout leur étonnement, toute leur indignation, de voir ainsi des signes qui pouvaient encore rappeler l'ancien régime , et exigèrent que ces grilles fuissent brisées sur-le-champ et qu'il en fût fait un auto-da-fé au pied de l'arbre de la liberté (Archives de la sous-préfect. de Château-Chinon, registres du district).

De Château-Chinon , les farouches représentants se rendirent à Moulins - Engilbert, où ils tinrent une pareille assemblée dans l'église paroissiale. C'est là que l'impur Laplanche invita les jeunes filles de la ville à se prostituer pour donner des citoyens à la patrie ! Honte éternelle à un cynisme si révoltant !

Au mois de septembre suivant, le conventionnel Joseph Fouché vint aussi dans la Nièvre en qualité de commissaire de la Convention. Il y prit bientôt un arrêté, en vertu duquel nous voyons les municipalités du Morvand délibérer " qu'il n'existe plus dans la République aucunes fêtes ni dimanches ; qu'il est enjoint aux habitants de travailler comme les autres jours et qu'il n'y a d'autres fêtes que celles prononcées par l'arrêté du citoyen Fouché , qui sont les derniers jours de chaque décade " (Registre des délibérat. de la rnunicipalité de Bazoches, p. 36, verso).

Il ordonna que chaque commune choisirait, pour les séances de sa municipalité, un lieu isolé et planté d'arbres, et qu'on élèverait au milieu une statue du Sommeil (Registre des délibérat. de la municipalité de Bazoches, p. 60)!

Le 24 octobre, il requit la démolition des clochers des églises, des tours des châteaux et des colombiers, parce qu'ils blessaient l'égalité. On sait que, plus tard, sa modestie égalitaire ne s'effaroucha pourtant pas du titre, quelque peu aristocratique, de duc d'Otrante. Par ses ordres, l'argenterie des églises fut enlevée, et il en envoya, le 1er novembre , dix-sept caisses pleines à Paris. Il ordonna aussi que les cloches seraient descendues des beffrois, et nomma , à cet effet, des sous-commissaires , qui visitèrent les divers districts du département. Fr... et Louis R... furent députés dans celui de ChàteauChinon, dont ils parcoururent toutes les communes, où ils se montrèrent dignes de leur commission. Ils rencontrèrent souvent une énergique opposition de la part des habitants. Mais alors ils avaient recours à la ruse, au mensonge, et promettaient qu'en retour de l'enlèvement des cloches, on ferait réparer les églises (Registre des délibérat. d'Alligny, 17 sept. 1793).

Le 23 mars 1794, César-Alexandre Lefiot de Lavaux, autre commissaire de la Convention dans les départements de la Nièvre et du Loiret, arriva dans la petite ville de Lormes, sa patrie. Le lendemain il monta à l'église avec le révolutionnaire Jacques B... , brisa les autels et les statues des saints et y tint une assemblée tumultueuse pour l'épuration et la réorganisation des autorités constituées (Registre des délibérat. de Lormes). Il en fit autant à Château-Chinon, à Moulins -Engilbert. Les officiers du district de cette première ville se montrèrent empressés à exécuter toutes les prescriptions des divers commissaires. Le 11 avril 1794, ils ordonnèrent d'enlever les vases sacrés de toutes les églises. Dans leur zèle patriotique pour le culte de la raison, ils défendirent, le 26 mai, aux cabaretiers de toute la circonscription de vendre du vin les jours des ci-devant dimanches et fêtes, aux campagnards, qui ne voudraient pas chômer le décadi. Une proclamation en ce sens fut, en même temps, adressée à toutes les communes. Elle est assez curieuse pour trouver place ici :

" Le bon citoyen ne se contente pas de ce que la loi exige de lui , il va encore au-devant de ce qu'elle semble désirer. La Convention ayant reconnu l'imperfection de l'ancien calendrier et l'inconvénient d'un trop grand nombre de jours de repos , vient de nous donner un calendrier simple, et de déterminer les jours de repos, que pourront prendre les fonctionnaires publics. Ces jours sont les derniers de chaque décade, appelés décadis. Quel est celui d'entre vous, citoyens, qui ne sent pas la sagesse d'un pareil décret ? "

" Les vertus sont l'apanage des républicains et les vertus ne s'acquièrent que par le travail. Les vices contraires sont l'apanage des royalistes, et tous ces vices ont leur source dans l'oisiveté. "

" Pourquoi donc, braves habitants des campagnes , vous qui aimez la révolution, vous qui êtes si fort intéressés à l'aimer et à la défendre, et qui la défendez, en effet, par les bras de vos enfants, actuellement sur les frontières, pourquoi le jour du décadi n'est-il pas votre jour de fête et de repos? Pourquoi y substituez-vous les jours que la République ne reconnaît pas, ceux dont le fanatisme se servit si long-temps pour vous tromper et vous dépouiller? " 

" Citoyens, dans une famille de frères il ne saurait y avoir de lignes de démarcation. Nous sommes tous républicains, nous devons tous marcher d'un pas uniforme. Voyez la beauté et la richesse de nos campagnes. Le plus âgé d'entre vous se ressouvient-il d'une année aussi précoce et qui ait donné d'aussi belles espérances? Non, sans doute; l'Être suprême, celui qui donne la vie et imprime le mouvement à toutes choses, seconde nos efforts et va nous aider puissamment à franchir le court intervalle, qui se trouve encore entre la disette et l'abondance. "

" Frères et amis, nous vous y invitons de toute notre âme, défaites-vous de ces craintes chimériques, qui ne conviennent qu'à des esclaves. Apprenez de nous, en deux mots, ce que c'est que la religion; la bonne consiste à faire le bien et à s'abstenir dut mal. "

" D'après cela, citoyens frères et amis, nous avons tout lieu d'espérer que nous ne verrons plus, dans ce district, cette différence de conduite, qui nous afflige si fort; que le décadi sera, pour tous, un jour de joie et de repos; que vous l'emploierez à entendre, au temple de la Raison, la lecture des lois bienfaisantes que nous donne la Convention, celles des rapides conquêtes de nos armées, des actions héroïques de nos braves volontaires, vos enfants; que vous l'emploierez encore en d'innocents, fraternels et paisibles divertissements, et que le reste de la décade, sans aucune distinction de jours, vous vous livrerez à vos travaux ordinaires, à la culture de vos champs, qui vous promettent un ample dédommagement de vos travaux, et tous ensemble nous nous écrierons : Vive la République! vive la Convention! vive la Montagne! (Sous-préfecture de Château-Chinon, délibérations du district tome II) "

Cette proclamation n'atteignit pas son but. Nos Morvandeaux continuaient toujours à observer le jour du dimanche au mépris de la sainte décade. Aussi, le 12 juin suivant, nommait-on des apôtres révolutionnaires pour l'instruction morale et républicaine (les communes du district aux jours de décadi, et invitaiton les municipalités à avoir pour l'apôtre envoyé, tous les égards dus à une si honorable mission!!!

0 charlatans ! le peuple se moquait et nous nous moquons encore de vos folies !

Mais citons une autre pièce curieuse qui prouve l'attachement de nos Morvandeaux au jour du repos observé par leurs pères. Le 3 floréal an VII, ou 23 avril 1799, l'adjoint d'Arleuf, faisant les fonctions de police, après avoir dit que le peuple voulait la solennisation du dimanche et abandonnait le décadi, continue son rapport en ces termes :

" Le royalisme et le fanatisme, agissant de concert, ont fait tous ces progrès sur l'esprit publie de ce canton ! Ces deux monstres se sont ligués ensemble, se sont conjurés contre les institutions républicaines!

" Le Haut-Morvand, depuis peu, est le refuge d'un grand nombre de prêtres réfractaires - ils célèbrent leurs offices aussi publiquement que les prêtres assermentés. Ces derniers avaient presque partout cessé leurs fonctions, ou les avaient transférées au décadi. Enfin le culte de la raison semblait sur le point d'être substitué à celui de la superstition. Les institutions républicaines allaient devenir en honneur; le peuple commençait d'en faire son culte principal et d'abandonner les anciens préjugés. Les prêtres réfractaires ont reparu en plus grand nombre qu'avant le 18 fructidor an V; les prêtres assermentés, craignant pour eux, ont repris leurs fonctions et l'esprit public a fait un pas rétrograde. "

" Les royalistes, de leur côté, ont maintenu, protégé les anciennes institutions, telles que les foires et marchés aux jours de l'ancien calendrier.... L'esprit public, loin de s'améliorer, se perd et se détruit ; l'exemple, en ce cas, devient funeste; il est difficile d'arrêter le torrent du mal. "

" Les moyens de remédier à ces maux consistent a purger le Morvand de tous les prêtres réfractaires qui l'infectent, et d'amener, par la raison, les prêtres sermentés à célébrer leur culte les décadis ou à les forcer à courber leurs têtes altières et superstitieuses devant les institutions républicaines. Si les prêtres réfractaires n'habitent point votre canton et n'y font aucune fonction, ils le cernent de toutes parts ; il semble que c'est un fort qu'ils veulent prendre d'assaut. Beaucoup de citoyens de ce canton ont été réellement fanatisés; depuis

que l'on a cessé de dire la messe, les dimanches, ils se rendent pour le culte dans les communes voisines (Archiv. de la sous-préfect. de Château-Chinon , registres des délibérations de la municipalité d'Arleuf). "

De leur côté, les administrateurs du district de Moulins-Engilbert ne se montraient pas moins zélés contre la religion. Ils écrivaient au comité de Salut public, à Paris " Les églises sont fermées dans tout le district. Tous les prêtres, vu que leur conduite retardait les progrès de la raison, qu'elle pouvait encore entretenir quelques âmes faibles dans des principes de superstition, sur la demande de l'administration , homologuée par le représentant du peuple , ont été arrêtés Aussi les temples, où ces ministres trompaient et égaraient le peuple, vont devenir les temples de la raison.... "

" Le fanatisme, ajoutaient-ils, est entièrement anéanti On ne remplit plus aucune fonction du culte catholique Avant peu on ne parlera pas plus de prêtres que s'ils n'avaient jamais existé (Registres du district de Moulins-Engilbert). "

Ces zélés parlaient d'après les sentiments de leurs cœurs, mais non selon la vérité. Le peuple, malgré tous les efforts faits pour le séduire, n'oubliait pas, comme nous venons de le voir, la religion de ses pères ; il n'aspirait qu'après le bonheur d'en reprendre l'exercice. Écoutons, entre autres, l'expression des sentiments des habitants de la commune d'Alligny-en-Morvand : " Nous demandons que le culte catholique soit immédiatement rétabli et notre curé rappelé à ses fonctions. Nous ne connaissons pas de loi qui l'empêche de dire la messe, comme à l'ordinaire. La Convention nationale ayant décrété le culte libre, nous entendons et voulons suivre le culte catholique, comme nous avons fait ci-devant (Registres des délibérations d'Alligny-en-Morvand). "

Les profanations de nos églises attristaient profondément les populations fidèles du Morvand, et toute l'ostentation contraire de quelques impies ne pourra prouver leur connivence au sacrilège. On tenait même ces actions odieuses pour si exécrables, qu'on ne pouvait supposer que Dieu les laissât impunies, même dans cette vie . Ainsi, il n'est nulle commune du pays, où l'on ne cite quelques exemples d'un terrible châtiment, infligé par la Providence, aux coupables profanateurs des temples chrétiens. Il faut convenir, eu effet, que la main de Dieu a parti s'appesantir sur la plupart de ces hommes criminels et que beaucoup ont fini d'une manière vraiment malheureuse.

- Mort de Robespierre

Enfin , l'époque des violentes réformes touchait à son terme. L'affreuse anarchie, qui posait sur la patrie et l'avait couverte de deuil, était tombée, le 29 juillet 1794, avec la tête du farouche Robespierre et celles de ses terribles suppôts. Délivrée des monstres qui lui avaient déchiré le sein, la France respira, un peu moins oppressée, sous le gouvernement directorial qui suivit. Mais débile comme un malade ait sortir d'une et douloureuse agonie , succombant presque sous le poids de ses maux, elle appelait, de tous ses voeux, une main hardie et forte qui pût cicatriser ses plaies et l'arracher à ses funestes angoisses. Un soldat, sans autre recommandation que son épée fortement trempée, se présente ; elle l'accepte avec une espèce d'enthousiasme, et bientôt, d'autant plus joyeuse qu'elle avait été plus affligée , elle lui posait sur la tête le diadème des empereurs.

- Amour des Morvandeaux pour Napoléon 1er

La population dit Morvand, naturellement amie de la gloire et des hauts faits militaires, bien que pourtant elle ait peu de sympathie pour le maniement des armes, s'attacha fortement au nouvel empereur, et lui voua un amour sincère. Le guerrier était pour elle une espèce de demi-dieu et volontiers elle l'eût cru immortel. En effet, longtemps après que Napoléon 1er eut payé, sur le rocher de Sainte-Hélène, son tribut à la nature, les Morvandeaux refusaient du croire à sa mort, comme si un héros ne devait jamais mourir. Ils prouvèrent surtout leur attachement pour le grand homme, quand, en 1815, il quitta l'île d'Elbe pour venir régner encore cent jours à Paris.

A son passage à Saulieu, à Rouvray, à Avallon, il fut accueilli aux cris mille fois répétés de : Vive l'Empereur ! au bruit de la mousqueterie et au son des cloches, lancées à toute volée. Nos bons campagnards, ivres de joie, se portèrent à sa rencontre et le saluèrent avec le plus vif enthousiasme. On vit, dans ces villes, de vieux militaires, des larmes dans les yeux, s'approcher de sa voiture et en baiser les roues.

Pourtant, nous devons le dire, son ambition, qui coûta tant de sang à la France et porta la désolation et le deuil en tant de familles, avait enlevé, chaque année, au Morvand, un bon nombre de ses enfants. Plus d'une mère, près de se séparer d'un fils bien-aimé, qu'elle n'espérait plus revoir, avait maudit, dans son cœur ulcéré, l'auteur de sa peine. Combien de familles avaient été mises à une dure contribution, parce que leurs enfants, retenus par les larmes d'une mère désolée, ou désertant les champs de bataille, où la mort moissonnait en reine, avaient fui au sein des forêts! N'importe; à peine les pleurs avaient-ils cessé de couler que tout était oublié, et que l'Empereur régnait sur les cœurs ; tant était grand le prestige qui s'attachait à sa personne, tant était fort l'amour qu'on lui portait!

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