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LA REVOLUTION ET LES PAYSANS

Voir aussi : Ce qui a changé en France pendant la Révolution

 

Les apports de la Révolution aux paysans concernent à la fois son statut d'habitant et son statut de producteur

La Révolution et le paysan-habitant

Il est devenu citoyen, dans une cellule de base qui est désormais la commune, avec des institutions municipales élues, qui ont remplacé la paroisse avec pour tout représentant le curé, un syndic des propriétaires et le seigneur.

Dans la nuit du 4 août ont été supprimés : la mainmorte, les corvées, le banc du seigneur à l'église, les multiples coutumes attentatoires à la dignité du paysan. Mais il fallut plusieurs semaines pour que ces décisions se traduisent en actes.

Mais cette abolition sans indemnité des droits féodaux ne concernait que les droits "personnels". Les droits "réels" (taxes, redevances) étaient considérés comme établis contractuellement, assimilables à des propriétés, et leur abolition ne serait donc possible que par rachat.

Seule l'abolition de la dîme (à condition toutefois que le clergé ne l'ait pas "inféodée") était d'un bénéfice immédiat.

Cette situation explique l'effervescence qui a eu lieu dans les campagnes entre 1790 et 1791, et provoqua finalement, le 10 août 1792, une nouvelle Révolution qui ira jusqu'à l'exécution du Roi (10 août 1792 : Le château des Tuileries est pris d'assaut; Louis XVI, réfugié au sein de l'Assemblée, est suspendu.)

Sous la pression de la commune de Paris, l'Assemblée Constituante prit une série de décrets prévoyant que les droits seigneuriaux "réels" seraient abolis gratuitement si le seigneur n'en produisait pas le titre originel. Beaucoup étaient difficiles à produire, et l'agitation de la Grande Peur avait détruit le reste. "ce fut la journée du 10 août 1792, bien plus que la nuit du 4 août 1789 qui abolit le régime féodal" - J. Godechot - Voir le texte de la loi du 25 août 1792.

Le 17 juillet 1793, la nouvelle majorité "montagnarde" abolit les derniers droits seigneuriaux, évènement qui sera particulièrement célébré lors de la grande fête anniversaire du 10 août 1793.

 

 


Corot - St-André-en-Morvan

 

La Révolution et le paysan-producteur

La disparition de la dîme a trouvé sa contre-partie dans la fonctionnarisation du clergé. La mise en vente des biens d'Eglise a mis sur le marché une masse d'immeubles considérable (400 millions de livres), avec un objectif précis : faire rentrer de l'argent dans les caisses publiques. Les Constituants voulaient donc des acquéreurs solvables, et cette volonté qui favorisait les riches ajouta une pomme de discorde entre les paysans et la couche urbaine aisée du tiers état. Dans certains cas les paysans constituérent des sortes de syndicats d'acquéreurs, mais globalement ils ne furent pas les bénéficiaires de l'opération.

La mise sur le marché des biens "de deuxième origine" (ceux des nobles émigrés) fut faite en petits lots, mais toujours par enchères, ce qui fut peu favorable aux pauvres.

Il faudra attendre un décret de la Convention du 10 juin 1793 qui ajoute à l'obligation de lotir les biens d'émigrés celle d'attribuer un arpent de terre à tout possesseur de terres inférieures à un arpent, moyennant une simple rente. Cette mesure eut beaucoup de difficultés à s'appliquer réellement.

Un autre sujet touchait de très près les paysans : celui des biens communaux. Il concernait principalement des terres indivises et incultes telles que bois, landes, garrigues, etc. La propriété en avait été souvent contestée entre seigneur et communes, et les assemblées révolutionnaires aidèrent évidemment les communes à triompher de ces conflits.

 

Mais l'usage faisait problème au sein même de la collectivité rurale, les propriétaires et paysans aisés poussant à un partage qui leur permettait d'arrondir leur propre bien, alors que les gens sans terre préféraient le maintien du droit d'usage. Les mesures agraires de l'été 1793, le décret du 10 juin, favorables au partage des communaux (sur demande d'un tiers des habitants) tournèrent souvent à l'avantage des paysans aisés.

Il apparaît que les "Montagnards" et les sans-culottes parisiens avaient de la vie des paysans une image qui s'apparentait plus à l'image d'Epinal qu'à la réalité concrète formée de millions de manouvriers ruraux indigents dont on sous-estimait le nombre et dont on méconnaissait les besoins concrets.

La disparition du pouvoir seigneurial se traduisit aussi par un relâchement des contraintes qui entraîna en particulier le délâbrement accéléré du patrimoine forestier.

La création de l'assignat devenu papier-monnaie génère dès 1791 une forte inflation. Fin 1791, et plus encore début 1792, les prix des grains et du pain montent rapidement. Au printemps 1792 la crise des subsistances provoque des émeutes sur les marchés pour exiger la taxation des prix du blé (le Maximum), ou pour empècher le départ des convois quand le grain plus abondant a été acheté par le commerce. A travers ces évènements, les paysans contribuent à la 2ème révolution du 10 août 1792.

La Révolution, très "parisienne", a méconnu des aspects fondamentaux de la vie paysanne et omis de traiter certains sujets qui vont se révéler sources de tensions fortes dans le monde rural :

  • le partage des grandes terres entre les petits paysans
  • le devenir de la vaine pâture (on peut penser que l'histoire du Bois des Issards est un exemple concret de ce sujet)
  • la diversification des cultures (obsession citadine du pain, certaines cultures abandonnées parce que "marquées" socialement, comme le mûrier, associé à la soie des vêtements des nobles)
 

L'opinion paysanne

Le paysan est à cette époque le citoyen français majoritaire en nombre, c'est l'homme du peuple par excellence.

De l'été 1789 à l'été 1790, il est massivement favorable à la Révolution, tout en restant rattaché au Roi

1790-91 Le sort du clergé divise l'opinion paysanne catholique.

Juin 1791 : la fuite du Roi vers l'étranger et son arrestation à Varennes est ressentie - plus spécialement chez les paysans de l'est de la France, plus exposés que les autres à l'invasion étrangère - comme une trahison, et le Roi perd le crédit populaire qu'il avait auprès d'une grande partie des paysans.

Mars 1793 : La levée de 300 000 hommes pour alimenter la guerre ouverte sur les frontières du nord-est en avril 1792 va déclencher de fortes réactions paysannes, dont la plus lourde sera l'insurrection vendéenne.

Hiver 1794-95 : Sans doute "l'hiver du siècle". Il entraîne une très grande misère, avec le développement du brigandage en bandes organisées. Pour les paysans commence une longue période d'insécurité qui va durer jusqu'à l'Empire.

 

 

Sources : G. Duby & H. Wallon - Histoire de la France rurale - Seuil 1981

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