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ENCYCLOPEDIE DE DIDEROT ET D'ALEMBERT - 1751

DICTIONNAIRE DES TERMES GEOGRAPHIQUES UTILISES


Le duc Robert II acquit Arnay de J. Rabuthau, en 1289, pour quinze cens livres, d'où elle a reçu le nom d'Arnay-le-duc. Philippe le Bon l'unit au comté de Charni qu'il donna à Pierre de Beaufremont en faveur de son mariage avec Marie, sa fille naturelle, en 1456. Depuis ce tems, les comtes de Charni ont toujours été seigneurs d'Arnay : c'est aujourd'hui Madame la comtesse de Brione. Hugues IV accorda aux habitans des franchises & le droit de commune en 1223 ; on en voit la chartre dans Perard, page 426.

Arnay est remarquable par la bataille qui s'y livra entre l'amiral de Coligny & le maréchal de Cossé-Brissac le 27 juin 1570. Henri IV y fit ses premieres armes ; & il dit depuis qu'il étoit question dans cette affaire de vaincre ou d'être pris ; animés par sa présence, quatre mille Protestans sans canons & sans bagages défirent douze mille Catholiques : par la paix boiteuse qui suivit bientôt cette action, Charles IX accordoit aux Huguenots quatre places de sûreté ; & pour l'exercice de leur religion, en Bourgogne, les fauxbourgs de Mailli-la-ville & ceux d'Arnay. Depuis ce tems, les Calvinistes y eurent un ministre qui tenoit le prêche au fauxbourg saint Honoré, où toute la noblesse des environs se rendoit pour la cene jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685.

Arnay a donné naissance à quelques hommes illustres, tels que Bonaventure Desperiers, valet de chambre de la Reine Marguerite de Navarre, & fort connu par son Cymbolum mundi. L'avocat Guillaume, orateur du tiers-état aux états de Blois en 1588, mort à Dijon en 1626, étant conseiller des états de la province. Jean Laverne à qui Saumaise rend ce témoignage, " qu'il étoit autant versé en toute doctrine & bonnes lettres qu'autre qu'on puisse nommer, en somme les délices d'Apollon & des Muses " ; il mérita que Jean de Chevanes composât sa vie, mort en 1632. François Florent, avocat distingué, professeur à Paris en droit canon, avec pension du roi de deux mille liv. que le garde des sceaux Molé lui fit donner ; mort à Orléans en 1650. L'Abbé Lenglet assure que Florent étoit très-versé dans les matieres bénéficiales, & que ses traités sont utiles & sçavans ; on peut en voir la liste dans la Bibliotheque de Bourgogne. Claude de la Ville connu par son Dictionnaire des arrêts.

Le commerce d'Arnay est en bled, en laine & en bestiaux ; mais il n'est pas considérable.

Cette petite ville est à cinq lieues d'Autun, six de Beaune & dix de Dijon. (C.)

Cette ville a soutenu plusieurs sieges : elle fut ruinée par Tetricus & par les Bagaudes, rétablie par Constantin, qui y séjourna en 311 ; saccagée par les Sarrasins en 731, elle ne put se relever de ses ruines. On voit encore l'enceinte de ses anciens murs qui a plus de deux lieues. On admire les portes d'Arroux & de Saint André, ouvrages des Romains : la premiere est une espece d'arc de triomphe dont les pierres ne sont jointes ni par le fer ni par le ciment : il reste encore sur le second étage huit colonnes cannelées, revêtues de leurs chapiteaux & de leurs plintes : les ornemens d'architecture sont fort élégamment travaillés. On remarque les restes de temples antiques & d'un amphithéatre. La pierre de Couhard paroît avoir été un phare pour conduire les voyageurs, ou une pyramide élevée sur le tombeau de quelques illustres Eduéens.

Plus de huit chemins militaires partoient de cette grande ville, où l'on découvre souvent une quantité de marbres étrangers & précieux en fouillant la terre, des urnes, des statues & des médailles.

La cathédrale de Saint Lazare est l'ancienne chapelle des ducs : les nouvelles décorations que le chapitre vient de faire en rendent le choeur & le sanctuaire superbes, & méritent le coup d'oeil des curieux. La collégiale de Notre-Dame, fondée par le chancelier Rollin en 1444, possede un tableau original de Pierre de Bruges, en bois, qui est admiré des connoisseurs.

Autun a donné naissance à plusieurs personnages distingués, tels que le célebre Eumene, Professeur d'éloquence aux écoles menienes sous Constance & Constantin, devant lesquels il prononça quatre discours que nous avons : Saint Germain, Evêque de Paris, mort en 576, honoré d'une épitaphe faite par le roi Chilperic. Pierre Turel, sçavant astrologue, mathématicien & principal du college de Dijon en 1520, fut le premier maître de Pierre Duchatel, un des grands hommes du siecle de François I. L'illustre président Jeannin, le ministre & le confident d'Henri IV, mort en 1622, est inhumé en sa chapelle, dans la cathédrale, où l'on voit son mausolée. Les quatre freres Guyon, dont M. de la Mare a publié les oeuvres en latin & en grec, in -4°. 1658. La Donne, Thomas, Munier & Saulnier & le théologal Germain, nous ont laissé des ouvrages sur l'histoire de leur patrie : les Clugny, les Poillot, les Montholons sortent d'Autun.

Le commerce de cette ville, située sur l'Arroux, est en bois & en bétail : elle est à 19 lieues de Dijon, 8 de Beaune, 18 de Moulins. (C.)

Liernois est remarquable pour avoir donné naissance à Laurent Bureau, qui de pâtre devint carme, docteur de Navarre, & provincial de son ordre. Son mérite supérieur le fit choisir pour prédicateur & confesseur de deux de nos meilleurs rois Charles VIII & Louis XII, & enfin le plaça sur le siege épiscopal de Sisteron en 1494. On croit que l'envie le fit périr de poison aux états de Blois en 1504. Son coeur fut apporté aux carmes de Dijon, dont il est un insigne bienfaiteur, & son corps à Orléans. " Le cardinal de Tournon, qui étoit dur, dit l'auteur si estimé de la vie de François I, fut cause de l'exécution cruelle des Vaudois en Provence ; tandis que Laurent Bureau, confesseur de Louis XII, bienfaisant comme lui, les avoit prêchés, instruits & dérobés aux poursuites des délateurs ". Ce grand homme a laissé à Liernois, où sont encore des parens de son nom, une marque de sa tendresse pour les pauvres, par la fondation d'une donne, qui se fait tous les ans le lundi de la Pentecôte, de cinquante-sept mesures moitié seigle, moitié orge, de quatre mesures de pois, quatre de froment, & 32 liv. en argent. Cette belle action, qui perpétue sa mémoire dans sa patrie, lui fait encore plus d'honneur que les ouvrages qu'il nous a laissés, dont on peut voir la liste dans le I. vol. de la bibliotheque des auteurs de Bourgogne. Il eut un frere, nommé Pierre Bureau, habile physicien, qui fut médecin du comte de Nevers, Jean de Bourgogne, duc de Brabant ; c'est ce que nous apprend une plaque d'airain placée sur la porte de la sacristie, par un duc de Nevers. (C.)

Fortunat dit même que c'étoit le pays des ours, dont S. Germain de Paris fit miraculeusement une grande destruction, dans un voyage qu'il fit à Cervon, pour aller delà honorer les reliques de S. Symphorien, à Autun. On voit dans la vie des évêques d'Auxerre, que saint Amâtre traversa le Morvan en allant à Autun, pour obtenir du préfet des Gaules la permission de mettre au nombre des clercs le gouverneur Germain. Les paysans frappés d'un de ses miracles, arrivé à Gubilium, lui firent un chemin : on croit que le lieu où s'arrêta le saint évêque, est Goulou, annexe de saint-Brisson, à trois lieues ouest de Saulieu. Hist. d'Auxerre, tome I, page 12. M. le Beuf prétend que la bataille contre les Normands, où se trouva Ansquise, évêque de Troyes, en 843, fut donnée à Chalau, à deux lieues de l'Orme, ad Khalaumontem in pago Morvinno. Corbigni, où fut établie une abbaye en 864, est marqué in pago Burgundici Morvinensi Corbiniacum. Gal. chr. tome IV, page 475.

La notice de Valois place Cussi & Château-Chinon en Morvan ; & Coquille nomme encore la Chartreuse de saint-George, fondée en 1235, par Guy, comte de Nevers, & Matilde son épouse. L'abbaye de Reconfort, fondée en 1237 par la même Matilde, proche Monceaux : celle de saint-Martin de Lures, Chora, fondée par les sires de Chastellux, au XIIe siecle. Lorme, Montsauge, Aligni, Ourroust, non Auroux, comme il est écrit dans le Dict. rais. des Sciences, &c. sont du Morvan, comme presque toute l'élection de Vezelai.

Ce pays pauvre, sec, sablonneux, est couvert de montagnes, de bois & de pâturages où l'on engraisse du bétail ; il n'y croît que du sarrazin ou bled noir, de l'avoine & un peu de seigle. Les environs de Saulieu sont renommés pour les excellens navets qu'ils produisent, & qu'on envoie encore à Lyon, à Dijon & à Paris. Le commerce est en bétail, bois & poissons.

Le Morvan est la patrie du célebre Sébastien Leprêtre de Vauban, maréchal de France, un des meilleurs officiers & des plus honnête-hommes du siecle de Louis XIV. Voyez ce que nous en disons à l'article de Saint-Leger de Foucheret, sa patrie. M. Quarré d'Aligni, brigadier des armées du roi, qui servit quarante ans, & nous a laissé des mémoires intéressans qui mériteroient l'impression : j'en juge ainsi après les avoir eus en communication. M. Moreau de Gresigni, gouverneur de Girone, M. de la Tournelle, tous excellens officiers, étoient du Morvan. (C.)

Nevers est à 12 lieues N. O. de Moulins, 10 S. E. de Bourges, 30 S. E. d'Orléans, 34 S. O. de Dijon, 55 S. E. de Paris. Long. 20. 49'. 25''. latit. 53. 13.

Nevers n'est point la Noviodunum de César, située dans le pays des Eduens ; son plus ancien nom est celui de Nivernum, qui a été formé à cause de la riviere de Nievre, qui se jette en cet endroit dans la Loire. Après l'irruption des Barbares, Nevers resta sous la domination de ceux auxquels Autun appartenoit, & ce ne fut qu'ensuite qu'il fut érigé en cité & en ville épiscopale depuis le regne de Clovis. Après le déclin de la race de Charlemagne, les gouverneurs s'étant rendu absolus dans les villes où ils commandoient, le comte Guillaume devint propriétaire du comté de Nevers vers le milieu du x. siecle, sous le regne de Lothaire. François de Cleves fut le premier duc de Nevers, après que cette ville eut été érigée en duché par François I. Le comté de Nevers est la premiere pairie créée en faveur d'un prince étranger.

On ne compte dans Nevers qu'environ 7000 ames, & son principal commerce consiste en verrerie & en fayance.

Cette ville a produit au xvj. siecle un célebre avocat du parlement de Paris, Marion (Simon), qui devint président aux enquêtes, puis avocat général. M. de Thou & les autres savans de son tems, en font les plus grands éloges. Les plaidoyers qu'il mit au jour en 1594, ne sont point tombés dans l'oubli. Il mourut à Paris en 1605, âgé de 65 ans. Marigny (Jacques Carpentier de), poëte françois du xvij. siecle, étoit de Nevers ; il avoit beaucoup voyagé, & embrassa le parti de M. le prince de Condé. Son poëme du pain-beni renferme une satyre assez délicate contre les marguilliers de Saint Paul, qui vouloient le forcer à rendre le pain-beni. Gui-Patin s'est trompé en lui attribuant le traité politique contre les tyrans, vindiciae contra tyrannos. Il mourut à Paris en 1670. Ravisius-Textor, grammairien françois du xv. siecle, étoit aussi natif de Nevers. On estimoit encore ses ouvrages au commencement du siecle suivant, parce que la France sortoit à peine de la barbarie. Il mourut à Paris en 1522.

Mais il ne faut pas oublier Billaut (Adam), connu sous le nom de maître Adam, menuisier de Nevers sa patrie, vivant sur la fin du regne de Louis XIII. Cet homme singulier, sans lettres & sans études, devint poëte dans sa boutique. On l'appelloit de son tems le Virgile au rabot. En effet, ses principaux ouvrages sont le rabot, les chevilles, le vilebrequin, & les autres outils de son métier. Enfin, dit M. de Voltaire, on ne peut s'empêcher de citer de lui le rondeau suivant, qui vaut mieux que beaucoup de rondeaux de Benserade.

Pour te guérir de cette sciatique,
Qui te retient comme un paralitique
Entre deux draps sans aucun mouvement ;
Prends-moi deux brocs d'un fin jus de sarment ;
Puis lis comment on les met en pratique :
Prends-en deux doigts & bien chaud les applique
Sur l'épiderme où la douleur te pique,
Et tu boiras le reste promptement
Pour te guérir.

Sur cet avis ne sois point hérétique ;
Car je te fais un serment autentique
Que si tu crains ce doux médicament,
Ton médecin, pour ton soulagement,
Fera l'essai de ce qu'il communique
Pour te guérir
.

Maître Adam étant venu à Paris pour un procès, au lieu de plaider, fit des vers à la louange du cardinal de Richelieu, dont il obtint une pension. Gaston, frere de Louis XIII. répandit aussi sur lui ses liberalités. Il mourut en 1662. (D. J.)

Le Nivernois a pris le nom qu'il porte aujourd'hui de la ville de Nevers sa capitale, qui, comme on l'a vu à l'article NEVERS, a reçu le sien de la petite riviere de Nievre, qui entre dans la Loire sous le pont de cette ville.

Cette province est fertile en bois & en mines de fer. On y trouve aussi auprès de Décise des mines de charbon de terre noire, gras & visqueux. Les rivieres navigables qui arrosent le Nivernois, sont la Loire, l'Allier & l'Yone. Il y a dans le Nivernois deux évêchés : celui de Nevers & celui de Béthléem, qui n'est qu'un titre ; mais l'évêché de Nevers, qui est suffragant de Sens, vaut plus de quinze mille livres de rente. Cette province est du ressort du parlement de Paris, & a sa coutume particuliere, rédigée en 1490 ; mais arrêtée & accordée en 1534, & mise par écrit par-devant les commissaires du roi. Les autres détails du gouvernement de cette province, de son commerce & des revenus que le roi en retire, ne méritent point de nous arrêter.

Ce n'est pas un pays fertile en gens de lettres. Je ne sache que le comte de Bussy-Rabutin qui, né à Epire en 1618, ait écrit avec pureté. On connoît ses ouvrages, sur-tout son histoire amoureuse des Gaules. On sait les fautes qu'il fit à la cour & ses disgraces, auxquelles il fut trop sensible. Il mourut à Autun en 1693. (D. J.)

M. Moreau de Mautour, qui a communiqué sur ce sujet en 1716, des réflexions à l'académie des belles-lettres, dit que ce village est situé sur les confins de la petite contrée du Morvant, à deux lieues de la ville d'Avalon, & que l'espace du terrein où l'on trouve ces tombeaux, ne contient qu'environ six cent soixante pas de longueur, & environ cent soixante de largeur : ces tombes qui sont d'une pierre grisâtre, ont environ cinq ou six piés de longueur. On en a brisé un grand nombre, pour bâtir & pour paver l'église de ce lieu ; on s'en est même quelquefois servi pour en faire de la chaux ; on en a réservé quelques-unes pour la montre, & on les a laissées dans le cimetiere.

Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on ne voit sur ces tombeaux aucune marque de christianisme, ni même d'autres figures, & qu'il n'y en a qu'un seul sur lequel on ait vu une croix gravée, & sur un autre un écusson qu'on ne sauroit déchiffrer.

En creusant les fondemens de la sacristie, on en déterra deux dans lesquels on trouva deux pendans d'oreille ; dans un autre tiré d'une cave, quelques ossemens avec deux autres pendans d'oreille, & dans quelques autres enfin, des éperons. Il n'y a, selon M. de Mautour, qu'une seule carriere dont on ait pu tirer les pierres qui ont servi à faire ces cercueils. Elle est dans un endroit nommé champ-rotard, à six lieues de Quarrées-les-tombes ; & d'habiles maçons, qui ont examiné la qualité & la couleur de la pierre de cette carriere, parfaitement ressemblante à celle des tombeaux, sont convenus de ce fait.

Savoir maintenant pour quelle raison il y a tant de tombeaux dans un lieu si peu célebre, c'est ce qu'il n'est pas aisé de deviner. On n'ignore pas qu'on avoit accoutumé autrefois d'enterrer les morts hors des villes, & sur les grands chemins : que cet usage s'observoit à Paris, & dans toutes les Gaules, dans les premiers tems du christianisme, & qu'il y dura jusques bien avant, sous la troisieme race de nos rois ; l'on pourroit en conclure, ou qu'il y avoit quelque ville considérable aux environs de Quarrées, ou que ce village auroit été un magasin de tombeaux, pour en fournir aux villes voisines : ces deux conjectures souffrent néanmoins de grandes difficultés. On ne trouve aucun vestige de villes aux environs de Quarrées ; les plus voisines sont Avalon, Saulieu & Lorme. De ces deux dernieres, l'une est aujourd'hui misérable, & l'autre trop éloignée. Avalon n'en est véritablement qu'à deux lieues ; mais, outre qu'on n'y a jamais découvert aucun de ces tombeaux, cette ville est plus proche de la carriere que du village de Quarrées ; ainsi il n'y a pas d'apparence qu'on ait été chercher à quatre lieues, ce qu'on trouvoit à moitié chemin.

Dans cet embarras, M. de Mautour a recours à l'histoire, pour voir si quelque bataille n'auroit pas donné occasion à ce prodigieux amas de tombeaux. Deux évenemens paroissent favorables à cette conjecture. Après la défaite & la mort d'Abdérame, général des Sarrasins, les débris de son armée s'étant joints aux Vandales, aux Alains, & aux Ostrogoths, ces barbares désolerent la Bourgogne, & se rendirent maîtres de Mâcon, de Châlons, de Dijon, d'Auxerre, d'Autun, & de plusieurs autres villes. Or Avalon étant située entre Autun & Auxerre, il y a lieu de croire que ces peuples ravagerent aussi cette contrée : ces tombeaux qui se trouvent dans Quarrées & dans la campagne voisine, sont une nouvelle raison de le penser. Le second évenement est arrivé au commencement du xj. siecle, dans les années 1003, 1004 & 1005. Henri premier du nom, duc de Bourgogne, étant mort sans enfans, Landri, comte de Nevers, s'empara de plusieurs villes de ce duché. Robert, roi de France, neveu d'Henri, & son héritier légitime, entra peu de tems après dans la Bourgogne, prit la ville d'Auxerre, mit le siege devant Avalon. Cette ville résista pendant trois mois ; & soit qu'il ne s'en rendît maître que par la famine, comme le disent quelques historiens, soit qu'il l'ait prise par assaut, comme d'autres l'assurent, il est probable que ce prince, pendant un si long siege, perdit beaucoup de soldats, & on pouvoit, dit-on, avoir fait pour les enterrer, ce grand amas de tombeaux.

Mais il se présente une difficulté fort embarrassante : c'est que presque tous ces tombeaux paroissent n'avoir jamais servi. M. de Mautour répond que peut-être la qualité de la pierre étoit propre à consumer les cadavres en peu de tems. Il seroit aisé d'en faire l'expérience, pour voir si cette idée a quelque fondement. Du moins est-il sûr que Pline parle d'une sorte de pierre qu'on trouvoit dans la Troade, aux environs de la ville d'Assus, & qui en quarante jours réduisoit les corps en poudre. Cependant malgré ces raisons, il est plus sensé de croire que Quarrées étoit autrefois un magasin, un entrepôt où l'on avoit conduit de la carriere de Champ-Rotard, des cercueils tout faits, pour être de-là transportés dans des lieux, où l'on en auroit besoin ; & de-là vient qu'ils n'ont ni caractere ni gravure, ni aucune autre marque qui prouve qu'ils ayent servi. Ce qui confirme cette opinion, c'est la lecture d'un ancien manuscrit de la bibliotheque de M. de Savigny, président à mortier du parlement de Dijon, où M. de Mautour a trouvé que dans le XIII. siecle, il y avoit dans Quarrées & aux environs, une multitude considérable de tombeaux de pierre, qui n'avoient jamais été employés, & qui étoient devenus inutiles depuis que l'usage s'étoit rétabli d'enterrer les fideles dans l'église.

Abrégeons ; l'amas de cercueils qui a donné le nom au lieu, n'est autre chose qu'un reste du magasin, que de riches marchands des anciens tems du christianisme avoient tiré de la carriere de Champ-Rotard, afin d'en pourvoir les autres villages du Morwant, dont la pierre ne peut être mise en oeuvre ; & comme l'usage des sépulcres de pierre a cessé peu-à-peu, le magasin est resté inutile. (D. J.)

Cette ville est la seizieme qui députe aux états de la province ; l'évêque d'Autun en est comte & seigneur.

Longit. 21. 54. latit. 47. 17.

Savot, (Louis) savant médecin & célebre antiquaire, naquit à Saulieu, vers 1579. Il se destina d'abord à la chirurgie, & vint à Paris à l'âge de 20 ans, pour s'y rendre habile ; mais il poussa bientôt ses vues plus loin, & prit des degrés en médecine ; enfin il laissa la médecine pour l'architecture, & s'y distingua ; il mourut vers 1640. Ses principaux ouvrages sont, 1°. un discours sur les médailles antiques, vol. in-4 °. très-estimé. 2 °. L'architecture françoise des bâtimens particuliers, dont les meilleures éditions sont celles de Paris, avec les notes de François Blondel, en 1673 & 1685. 3°. Le livre de Galien, de l'art de guérir par la saignée, traduit du grec, avec un discours préliminaire sur la saignée. (D. J.)