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Les villages voisins de St Martin de La Mer - ALLIGNY-EN-MORVAN


Liernais

Alligny


Moux
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Texte de Claude Courtépée
Texte de Jean-François Baudiau

 

Description générale et particulière du Duché de Bourgogne
Claude Courtépée et Michel Béguillet 1774

DU BAILLIAGE DE SAULIEU.

ALIGNY

Expilly le place dans le bailliage d'Autun. Paroisse, vocable St. HiIaire; patron, le Chapitre de Saulieu dès 1419.

L'ancienne église était sur le chemin de Champ-Comeau, au bas de la combe de la Palu. La nouvelle, près de l'allée du château, a été érigée sous Pie Il et Louis XI.

Ce village a donné le nom à d'anciens seigneurs : Jean d'Aligny , en 1260 ; Ancellus, 1280.

Dans la montre des nobles à Avallon, on voit Henri avec Pierre, son frère, inhumé à Gresigny en 1410 : celui-ci avait affranchi de tous droits une pièce de terre donnée aux curés pour 3 messes, en 1388.

Philibert accompagna le duc dans le comté de Montbéliard en 1378 ; Guillaume fut premier écuyer de la compagnie de la Guiche en 1417 ; Jean, connu par ses violences, fit périr dans son château un grand-gruyer: Il crut réparer ses violences en donnant pour Ia rémission de ses péchés, à la collégiale de Saulieu, la terre d'Auxan et plusieurs fonds à d'autres églises. Une de ses filles s'allia à J. de Fontette , dont les armes sont sur la cloche; la seconde épousa Pierre Quarré de Chàteau-Renaud, fils de l'échanson du duc, et lui porta la terre d'Aligny. Edouard, leur fils, se qualifie, en 1470, baron d'Aligny; il avait son hôtel à Autun, dans endroit où est le jeu de paume, et sa chapelle à l'entrée de la cathédrale, à gauche.

Des Quarré, Aligny passa aux Mazoncle, aux Colombier, aux Andraut de Langeron, desquels Gaspard Quarré en fit l'acquisition en 1637. Les Quarré se sont distingués dans la robe, ayant eu 13 magistrats au Parlement, dans l'épée et les lettres. Jean, fort zélé pour le roi durant la ligue, enleva la cassette du duc de Mayenne, et défit le régiment de Tenissey près Nolay, avec sa seule compagnie d'ordonnance. Il fut père de Gaspard, célèbre avocat général au Parlement. Celui-ci fit éclater dans cette charge une grande capacité, un esprit brillant et une fermeté inébranlable. Ses harangues, impr. en 1657, dédiées à Fouquet, sont une preuve, dit Taisand , de sa science profonde et de son zèle ardent pour la justice. (Voy. tom. 2, pag. 50. )

Pierre, son fils aîné , né en 1611 ~ brigadier des armées du roi, grand-bailli du Charollais, après 40 campagnes, a laissé des Mémoires intéressants que j'ai vus et qui mériteraient l'impression. Son fils Philippe, qui eut la jambe emportée d'un coup de canon à Malplaquet, est mort doyen des officiers de France à Arnay-le-Duc en 1776.

Aligny fut vendu en 1743 au père de M. le baron de Choiseul-Bussières, ambassadeur du roi à Turin. On proposait au seigneur actuel. dont les sentiments répondent à la naissance, de faire percer une route à Saulieu par ses vassaux d'Aligny "Dieu me préserve de les fatiguer ainsi; si je voulais un chemin, je le ferais à mes dépens."

700 communiants et 1,100 avec les alternatifs.

Dépendances.

Bazole, 9 feux; Champ-Comeau, 18; La Place, 15; Marnay, 15; Réglois, 15; Lachaux, 6; Ruère, Pansière, Beaumont, Mont, la Pierre écrite, ainsi nommée d'un tombeau gaulois sur lequel on voit 5 figures d'une famille entière, mais bien dégradées par le temps rongeur (1); Champ-Creux, la Serrée, Fetîgny, de 18 feux ; ces trois derniers alternatifs avec St-Lèger, etc. 3 moulins.

La tour d'Ocle,, château ruiné dès 1490, fief réuni à la seigneurie : c'était l'ancien château des sires d'Aligny, dominant sur la rivière vis-à-vis Champ-Comeau : les masures annoncent qu'il était considérable; l'ancienne église n'en était pas éloignée.

Réglois, seigneurie à Renaud de Thoisy au xive siècle, ensuite aux Clugny qui la vendirent en 1503 à la cathédrale d'Autun, aliénée pour la rançon de François Ier, aujourd'hui à N. Balivet. Fontaine appelée Aigue-Chaude, aqua calida.

4 foires accordées en 1495 par Charles VIII à Georges de Fontette, confirmées en 1663, avec création d'un marché le jeudi. Ces foires se tiennent dans un champ appelé la Champagne.

N'oublions pas le meix Jeannin qui réveille l'idée du confident de Henri IV. En effet l'illustre Jeannin était originaire d'Aligny. Son père, tanneur et échevin d'Autun, en sortait : son oncle et son parrain possédait ce meix où il demeurait. Il y a encore des paysans de ce nom que ne méconnut pas en 1740 Marie-Louise Jeannin de Castille, princesse de Guise, dame de Montjeu. Son mari, Louis Léopold de Lorraine, duc de Guise, mort en Italie en 1752, haut et fier, se plaignait un jour à un seigneur de ce que sa femme avait fermé la porte des Chapitres nobles à ses enfants; "du moins, lui répondit-elle avec fermeté, je vous ai fermé celle de l'hôpital." (Voy. l'éloge de Jeannin, tom. 2, p. 553. )

Gaspard d'Aligny découvrit une mine près du hameau de la Place, et la fit exploiter; mais pour 12,000 liv. de dépense, il ne retira qu'un lingot d'argent de 50 écus. En 1734, un aventurier fit fouiller cette mine avec aussi peu de succès. M. Paulin du Boulet , inspecteur des mines, fit de pareilles tentatives en 1742, et ne retira du produit que pour payer la dépense. Cette. mine contient beaucoup de plomb, un peu d'étain, et très-peu d'argent. La galerie où je suis descendu avec M. Pasumot, en 1774, est à voûte plate, et s'avance dans une longueur d'environ 100 toises. Le noyau de la montagne est un granit rougeâtre , et la pierre un spath fusible. On y trouve beaucoup de cristallisations

C'est d'Aligny que nous viennent en partie ces petites raves si connues sous le nom de navets de Saulieu. Terrain sablonneux. Peu de seigle. Beaucoup d'avoine, d'orge, de blé noir et de pommes de terre.

Pays de Morvan. Bois considérables au seigneur. Plusieurs étangs. Battoirs d'écorce. Foulons. Ruisseau appelé Creusaux.

Recette d'Autun. A deux lieues ouest-sud de Saulieu.


(1) Explication de la gravure de ce tombeau., faite à Paris sous les yeux de M. Pasumot, dont la planche est ci-contre.

Il est facile de reconnaître dans les 5 figures, de la Pierre-écrite, un père, une mère et 3 enfants nus : ainsi cette pierre couvrait le sépulcre d'une famille gauloise. Ce qui frappe, c'est l'aîné des 3 enfants devant un tour qui porte un globe contre lequel l'enfant appuyait les mains , selon toute apparence. Ce ne peut être que le cours de la vie qu'on aura voulu exprimer par ce symbole. L'une des plus grandes figures tient de la main droite une forme de lampe ou d'ascia, si l'on veut. On a peine à deviner ce que marque une forme désagréable portée sur la tête du plus petit des enfants ; peut-être est-ce un pan des vêtements de sa mère. Il n'y aurait rien d'étonnant que l'inscription eût été en caractères grecs : Les Druides n'en employaient pas d'autres selon César, Comm., 1. VII. Cette pierre n'est pas plus belle à voir qu'elle est représentée par la gravure. L'antiquité et l'injure des temps l'ont tellement altérée, qu'au premier aspect on n'y voit que des restes confus. Mais l'exercice des yeux antiquaires n'a pas de peine à y reconnaître exactement un tombeau gaulois, tel que je viens de le décrire ; et je l'ai fait graver pour en conserver la mémoire. Cette pierre de granit ordinaire dans le pays, a 4 pieds 4 pouces de longueur, 16 de largeur dans le haut qui était cintré, 2 pieds dans le milieu , et 14 pouces dans le bas , sans l'Inscription où l'on voit encore un E et un S grecs (Description faite par Courtépée)


 

Le MORVAND ou essai géographique, topographique et historique sur cette contrée,
par Jean-François BAUDIAU, curé de Dun-les-Places, membre de la Société nivernaise
des lettres, sciences et arts, et de plusieurs autres sociétés savantes.
Nevers 1867

 

 

ALLIGNY-EN-MORVAND , autrefois ALIGNY, Elianum, Aligneium.

Peuplée de deux mille sept cents habitants , la commune d'Alligny est, sans contredit, la plus importante du canton.

Elle comprend une superficie de quatre mille huit cent quatre-vingt cinq hectares, dont sept cent soixante-seize sont en bois et buissons. La Taraine ou Tarnin la traverse, du nord au sud, et coule au fond d'une gracieuse vallée, que dominent, de toutes parts, des mamelons, aux sommets boisés.

Son nom vient d'Elianus, citoyen romain, possesseur en ce lieu d'une antique villa Le sol , généralement maigre et arénacé , produit néanmoins beaucoup de céréales et surtout des petits navets très renommés, sous le nom de navets de Saulieu.

On y trouve une mine de plomb argentifère, dont l'exploitation a été abandonnée.

Le chef-lieu est peu important, mais assez bien bâti. Il est situé au fond de la pittoresque vallée de la Taraine qui, là , n'est encore qu'un gros ruisseau. Au centre, s'élève l'église paroissiale, couronnée d'une haute flèche. Elle est dédiée à saint Hilaire et se compose d'un chœur, du style ogival du quinzième siècle, d'une nef, appuyée de deux bas côtés, et reconstruite en 1837, mais d'un aspect peu monumental. Entre ces deux parties, se voient quatre piliers massifs, qui supportent le clocher et obstruent désagréablement l'entrée du chœur. De chaque côté, il existe une chapelle, formant, avec le principal corps d'édifice, une sorte de croix latine. Sous celle du nord, autrefois seigneuriale, régnait un caveau , actuellement comblé.

Antérieurement à 1462, cette église se trouvait de ]'autre côté de la rivière, au bas de la Combe de la Palue, vieux mot, qui signifie vallée du marais . Elle était de style roman ainsi que l'indiquent les matériaux du clocher et ceux du portail de l'ouest, démoli en 1852. On croit qu'elle fut transférée au lieu qu'elle occupe aujourd'hui par Jean Ier de Fontette , pour la mettre plus à portée de son château. L'écusson de ses armes, gravé sur les murs, le fait, du moins, légitimement conjecturer. La principale cloche porte aussi les armes de Jean de Fontette II, avec cette inscription : " Marie-Jeanne suis nommée, pour faire envers Dieu supplications. Les âmes de ceulx soient sauvées, qui sont cause de nos réfections. L'an mil V. C. XVIII. " Les deux autres, fondues par les soins de Jean-Marie Pilien, curé de la paroisse, furent bénites par lui, l'une le 2 avril 1856, et l'autre en septembre, huit ans plus tard.

Elles ont remplacé, aux applaudissements de tous les habitants, celle qui fut enlevée par Louis Rasse et Frébaut, commissaires de Fouché, le 17 septembre 1793 . Lors de l'enlèvement, les fidèles, réunis, se disposaient à la résistance. Les deux révolutionnaires les apaisèrent par l'hypocrite promesse que, en retour, on réparerait l'église ; mais elle ne subit que des profanations. On y tint des assemblées tumultueuses, et on finit par y établir un atelier de salpêtre, que dirigeait le sans?culotte Rasse.

Le 9 janvier 1794, les habitants d'Alligny, par un mouvement spontané, qui leur fait honneur, demandèrent " que le culte catholique fût immédiatement rétabli et leur curé rappelé à ses fonctions > ; ajoutant : " qu'ils ne connaissaient pas de loi qui empêchât leur pasteur de dire la messe comme à l'ordinaire; que la Convention nationale ayant décrété le culte libre, ils entendaient et voulaient suivre le culte catholique, comme ils avaient fait ci-devant ; qu'ils demandaient donc que la municipalité requît, sur-le-champ, le citoyen Crépey, curé d'Alligny, de continuer ses fonctions ". Leurs vœux ne furent point exaucés. Le 18 avril suivant, au contraire, la municipalité, obéissant à des ordres supérieurs, se rendit au temple de la Raison, ou ci-devant église, fit l'inventaire des vases sacrés et des ornements, qu'elle envoya au district.

Près de l'église au nord, est une maison religieuse, fondée en 1847, par la pieuse munificence de la comtesse de Sérent. Elle est tenue par trois sœurs de la Providence de Portieux, qui s'occupent de l'éducation des jeunes filles et de la visite des malades. Trois frères de la doctrine chrétienne de Nancy ont été établis à Alligny, aux frais de la commune , en 1852.

À l'ouest du bourg, avec lequel il communique par une avenue d'ormes, on voit l'antique manoir des comtes d'Alligny, aujourd'hui bien délabré. Il est connu dans les anciennes chartes sous les noms de château du Puy et de Mothe-d'Aligny. Il se composait jadis de deux corps de logis, avec pavillon et six tours, dont quatre rondes et deux pentagones, qui furent rasées, au seizième siècle, par ordre de Henri IV. Les fossés, de cent pieds de long, sur chaque face, et de quinze de profondeur, existent encore, en partie. Tous les sujets de la baronnie , ceux des fiefs de Bazoles , de Beaumont, de Fétigny, de Ferrières, de Réglois et de Ruère, étaient tenus au guet-et-garde de ce château, à l'entretien et curement des fossés, ce qu'ils durent exécuter lors de la déroute des princes . La chapelle castrale était dédiée à saint Louis.

Le 23 septembre 1793, le maire d'Alligny, le procureur de la commune et un conseiller municipal se rendirent au château, " où plusieurs personnes suspectes, disait?on, s'étaient retirées avec des armes et amounitions pour y faire et commettre trahison aux citoyens et à la patrie dudit lieu ". A la suite de cette visite , on dressa le procès-verbal suivant : " Nous avons tout vu dans les chambres dudit château, que nous avons été assistés du domestique...., et nous n'y avons trouvé ny personnes, ny armes qui puisse nuire à la patrie, sauf une porte de fert, qui était fermée à clé "

Au nord d'Alligny, vis-à-vis Champcomeau, sur un monticule, qui domine le cours de la rivière, existent les ruines d'un autre château, connu sous le nom de Tour-d'Ocle. Nous voyons, par sa position et les vestiges de ses anciens fossés, qu'il avait une certaine importance. Il fut, sans doute, la résidence de Jean d'Ocle, seigneur d'Alligny, en partie, que l'on remarque parmi les assiégeants de Château-Chinon, en 1412.

Le bourg d'Alligny est connu par une famille de cultivateurs, dont l'ancien Meix-Jeannin, situé entre l'église et le presbytère, rappelait le souvenir. Elle a été illustrée par le célèbre Pierre Jeannin, seigneur de Montjeu, président du parlement de Dijon, homme d'une prudence et d'une sagesse consommées, l'ami et le confident de Henri IV. Il naquit, en 1540, à Autun, où son père, sorti d'Alligny, depuis quelques années seulement, s'était retiré pour exercer sa profession de tanneur. Il y avait encore à Alligny, en 1760, des paysans de ce nom, que ne méconnut point la princesse Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, marquise de Montjeu, son arrière-petite-fille. Elle avait épousé Anne-Marie-Joseph de Lorraine, prince d'Harcourt et duc de Guise. Ce seigneur se plaignant un jour, devant elle, à un gentilhomme de sa connaissance, que sa femme avait fermé la porte des chapitres nobles à ses enfants : " Du moins, lui répondit-elle, avec une légitime vivacité, je vous ai aussi fermé les portes de l'hôpital. "

La paroisse, jadis de l'évêché d'Autun et de l'archiprêtré de Saulieu, remonte à une haute antiquité. Il en est fait mention dans le testament du bienheureux Varé, de l'an 706. Le patronage de la cure était exercé par le chapitre de Saint-Andoche de cette ville, possesseur de quelques meix à Jarnoy et à Marnay. Les dîmes appartenaient au curé du lieu, à celui de Saint-Léger-de-Fourches , aux barons d'Alligny, de Conforgien et d'Island, et relevaient en fief de ce dernier . Divers hameaux, tels que La Chapelle, La Chaux, Le Creuzot, Fétigny, Les Grosses-Pierres.... étaient alternatifs avec Saint-Léger. L'importance de la paroisse d'Alligny lui a valu d'être érigée en cure de deuxième classe, en 1827. La pieuse comtesse de Sérent a encore amélioré le sort des curés du lieu, en leur léguant, à perpétuité, par son testament du 16 mars 1840, une rente de trois cents francs, moyennant quatre-vingt-seize messes, par an, pour elle et divers membres de sa famille. Elle a légué une autre rente de deux cents francs à la fabrique, et une pareille aux pauvres, à condition que tout serait administré par le curé et cesserait avec le culte catholique, si, à Dieu ne plaise, cela arrivait.

Les curés de cette paroisse jouissaient autrefois de diverses redevances seigneuriales importantes. André Auribault, l'un d'eux, présenta, en 1633, au roi Louis XIII, pour en obtenir la réintégration, une requête, où il dit : " qu'il lui compète et appartient plusieurs baux droits et devoirs, tant en rentes, cens, poules, corvées, prés, terres, vignes, pasquis, bois, buissons, terruages, dîmes, usages.... , que la négligence de ses prédécesseurs, les guerres et mortalités des années précédentes ont faict perdre une partie des titres et souvenirs desdicts droicts. " Faisant droit à sa requête, le roi lui délivra, le 22 octobre de la même année, des lettres patentes pour contraindre les particuliers ou détenteurs à lui consentir de nouveaux titres. Mais le succès ne semble pas avoir couronné ces heureux commencements .

Le plus ancien curé connu est Humbert de Pont . Il reçut en 1381 , une fondation de quatre messes basses , aux Quatre Temps de l'année , faite par Robert Rose et Guillemette, sa femme, pour un pré et une pièce de terre, situés dans la Combe-de-la-Palue , près de l'église, ce qui fut approuvé par Pierre d'Ostun, chevalier, seigneur de Chevigny, d'Island et d'Alligny, en partie.

Au nord-ouest du bourg, sur le sommet d'un mamelon, qui domine le hameau de La Crémêne, est une enceinte quadrangulaire; formée par d'anciens fossés. La tradition la regarde comme un retranchement romain, castrum romanum, d'où serait venu le nom de ce hameau. La montagne du Grand-Habre, haute de six cent quatre-vingt-un mètres , et que couronnait jadis un signal, ne serait-elle pas ce lieu dont parle Ammien Marcellin, à l'occasion du voyage de Julien l'Apostat, en 356 : Aliis per arborem... ; quibusdam per sidolocum iri debere affirmantibus. L'ancienne voie, qui allait d'Autun à Auxerre, par le nord du Morvand, devait presque toucher, en effet, le pied de cette montagne.

Les différents groupes de hameaux, bâtis sur ces hauteurs, sont connus sous le nom général de Valottes, et les habitants sous celui de Valottins, que l'on donne, par extension, à tous les couvreurs en paille du voisinage. Nous avons dit ailleurs qu'ils se rendent, en grand nombre, dans la Bresse et le Bourbonnais, pour réparer les toits de chaume. Le nom de Valottin se prend ordinairement en mauvaise part.

Au fond du ravin qui sépare les hameaux de La Place et des Guittes-Bonin, gît une mine de plomb argentifère, qui court sous la montagne, à laquelle est adossé le premier de ces hameaux. Elle fut découverte, en 1640, par Gaspard Quarré, seigneur d'Alligny. Il la fit exploiter infructueusement ; car, il ne retira, pour une dépense de douze cents livres , qu'un lingot d'argent de cent cinquante écus. Plusieurs tentatives ont été faites depuis cette époque, mais toujours sans plus de succès. La galerie, de trois cents mètres de profondeur, se divise en deux branches, courant presque parallèlement. L'entrée en est fermée.

L'ancienne seigneurie d'Alligny, terre allodiale, était une puissante baronnie, remontant aux premiers temps de la féodalité. Elle s'étendait autrefois sur les deux rives de la Taraine. La mouvance appartenait aux évêques d'Autun ; mais elle leur fut souvent disputée par le comte de Nevers et par le seigneur d'Island, qui semble avoir enfin prévalu. Cette terre fut divisée, au treizième siècle, en deux portions, ayant pour limites le cours de la rivière, qui resta banale entre les deux seigneurs. Les hameaux de la rive gauche , tels que Bazoles, en partie , Champcomeau , Ruère furent annexés à la baronnie d'Island-lès-Saulieu. Ceux de la rive droite formèrent un fief particulier, sous le nom antique de baronnie d'Alligny.

Cette seigneurie comprenait une partie du territoire de la commune de Moux . Tous les sujets, comme retrayants de la maison-forte du lieu, étaient tenus, en vertu de l'ordonnance du duc Jean-Sans-Peur, au guet-et-garde, aux réparations du pont dormant, des fossés...; ils étaient mainmortables , serfs et de serve condition, taillables au jour de Saint-Barthélemi, à peine de sept sous d'amende, corvéables ; et devaient, en outre, le droit d'indire dans les quatre cas ordinaires. Gens de pote, ils ne pouvaient tenir d'assemblées, ni jeter d'impôts sur eux-mêmes, ni construire de moulins , de battoirs, ou autres engins, ni même sonner du hautbois sans la permission du seigneur. Le baron avait droit, pour l'exercice de sa haute, moyenne et basse justice, d'instituer bailli, juge-lieutenant, greffier, sergent …, connaissant de toutes sortes de causes, même emportant la peine de mort. Le signe patibulaire était au Champ-des-Fourches, autrement Le Meurot , près Fétigny. Il jouissait, en outre, d'autres droits seigneuriaux très nombreux, comme de banvin, de taverne, de banalité pour ses moulins de Jarle et de l'Etang-Neuf , de lods et ventes, de tailles , de mesure, de langues d'aumailles, de messerie , consistant en une gerbe, par feu , en ça Ia rivière, et par moitié avec le seigneur d'Island , au-delà. Les habitants de la rive gauche étaient soumis aux mêmes redevances envers leur propre seigneur sinon au guet-et-garde, qu'ils devaient au château d'Alligny.

La baronnie appartenait , au douzième siècle , à une très noble maison de ce nom. Hugues d'Aligny, de Aligneio, partit pour la Palestine en 1147, et fonda, à son retour, un hôpital rural , dont le souvenir revit dans le nom de l'Etang-de-La-Maladière. Arnould, Alexandre et Jean, ses petits-fils, reprirent de fief, au mois d'octobre 1260, de Girard, évêque d'Autun, pour la maison-forte d'Alligny et ses dépendances, pour les terres et villages d'Outre-Taronne , du Reu, Prescepant, La Crémêne, Jarnoy, Marnay, Réglois, Pensière, Chassagne, pour moitié, Chaumien , Le Vault de Chissey, Gouloux, en partie, Saint-Léger, aussi en partie, le grand étang , sis au-dessous du Moûtier-d'Aligny, le moulin et l'étang de Marnay .....

Jeanne, fille d'Alexandre , porta une partie de la terre d'Alligny en dot à Perrein de Menesserre. Jeanne , leur fille, reprit de fief, en 1396, tant en son nom qu'en celui de Jean de Menesserre, son frère. Jean Ier d'Aligny eut de Dagnone, sa noble épouse, cinq fils : Jean, Séguin, Philippe, Poncet et Girard, dit Besort. Le plus jeune étant entré, comme novice, au monastère de Saint Martin, ses frères, réunis à Autun, en 1284, lui constituèrent, pour sa part de patrimoine, soit qu'il se fît religieux, soit qu'il restât séculier, une rente de huit livres, sa vie durant. Ils obligèrent, en outre, envers l'abbaye, à une aumône perpétuelle de vingt sous, et assignèrent le tout sur le moulin et l'étang de Champcomeaul au parochiage d'Aligny . Ils donnèrent encore plusieurs pièces de terre à la cure pour le remède des âmes de leurs père et mère et de leurs ancêtres. Jean II, baron d'Alligny, fut témoin, en 1327, de l'acte de foi que fit Louis II, comte de Nevers, à l'évêque d'Autun, devant le grand autel de la collégiale de Saulieu, pour tout ce qu'il tenait en fief du prélat. Il donna lui-même dénombrement de ce qu'il possédait à Alligny, savoir : Sa maison dit Puy, la haute justice, les tailles, cens, rentes.... ; pour Outre-Taronne , Réglois, Marnay, La Chaux, Gouloux, Montbroin, Guise ..... Il laissa de Catherine, son épouse, Jean, Guillaume, Pierre, Henri qui firent aveu en 1333 et en 1356.

A cette époque la terre d'Alligny était indivise entre une foule seigneurs, que nous voyons reprendre de fief alternativement. Guy d'Aligny fit devoir pour son chastel en 1371, et Guillaume seize ans plus tard. Guyot en fit autant pour une partie de la terre et le quarante-huitième des bois, indivis avec ses co-seigneurs, en 1396 . Il vendit, deux ans après, ses droits à Philippe d'Aligny, fils de Guillaume, sieur du lieu, en partie, et de Souvert, favori du duc de Bourgogne, et mourut sans postérité, bien qu'il eût épousé Catherine , dame de Juilly. Jean III d'Aligny surnommé d'Ocle, marié à Marguerite, sa cousine, fille de Nicolas d'Aligny, fit hommage en 1404. Il avait pour coseigneurs les enfants de Perrein de Menesserre , Simon de Fresne, Guy d'Aligny, la dame de Villarnoult, le baron d'Island… Jean assista, huit ans après, avec Guillaume, son frère, capitaine du château d'Autun, au siège de Château-Chinon. Celui-ci reprit de fief en 1444. Pierre d'Aligny, homme de bonne et sainte mémoire et d'une très-noble famille de Bourgogne, élu abbé de Moutier-Saint-Jean, en 1461, était leur proche parent. Jean fut un seigneur dur et cruel. L'histoire lui reproche la mort d'un grand gruyer, qu'il fit périr dans son château. Revenu de ses emportements, il se condamna lui-même à une sévère pénitence, et donna, pour la rémission de ses péchés, sa terre d'Auxan à la collégiale de Saulieu, où il fut inhumé, et des fonds à diverses autres églises.

Ce gentilhomme laissa deux filles. L'une épousa Jean, alias Jacques de Fontette, issu d'une noble maison du Charollais, qui fut armé chevalier par Charles-le-Téméraire, et en obtint deux foires pour Alligny. Jeanne, la seconde, s'unit à Pierre Quarré de Chàteau-Renaud, veuf de Jeanne de Thésut . Ces deux seigneurs portèrent simultanément le titre de barons d'Alligny Jean de Fontette eut de son union plusieurs enfants . Georges, l'aîné, déclara, le 13 janvier 1503, qu'il ne savait de qui relevait la terre d'Alligny, attendu que trois compétiteurs, savoir: l'évêque d'Autun, le comte de Nevers et le seigneur d'Island, se disputaient la mouvance. Jean II, son frère, alla de vie à trépassement, vers 1535, sans laisser de postérité de Edmonde de Vingles, sa femme. Celle-ci convola à de secondes noces avec Arthur de Colombier, écuyer, seigneur de Champlois, de Chàtellenot qui devint aussi baron d'Alligny, en partie. Il acquit, en 1535 , les droits de Georges, Jean et Guillaume de Fontette, et se trouva presque seul possesseur de la baronnie.

En 1537, comme il venait de faire hommage à l'évêque, le seigneur d'Island fit mettre brandon sur son château pour devoir non fait. Voici cette saisie : " Jehan Vaulbert, sergent establi en la justice d'Island ...... en allant à La Mothe et maison-forte d'Aligny , j'ai trouvé, par-devant ladicte maison, messire Blaise Bonin, prestre, receveur et négociateur d'icelle maison, au qué je luy ay dict que je mettoye et saisissoye ladicte Mothe d'Aligny, où, à présent, se tient noble seigneur Arthur de Colombier, ayant espousé la vesfe dudict seigneur d'Aligny, membres et dépendances d'icelle terre pour faulte de fiez non faict, droits et devoirs non payés… Et ce faict, je me suis transporté aulx pourtes de ladicte Mothe d'Aligny, lesquelles j'ay trouveez fermeez, aulxquelles j'ay touché, par trois fois, à son évident, et ne m'a-t-on aulcunement voulu ouvrir lesdictes pourtes, au moyen de quoi j'ay mis ladicte Mothe et dépendances d'icelle sous la main de mondict seigneur d'Island. En signe de ce j'ay jeté par dessus la pourte de ladicte Mothe ma verge blanche, laquelle je pourte en mon office exerçant " Il s'ensuivit un procès, que perdit Lucas de Vésigneux, seigneur d'Island, qui revendiquait la mouvance. Arthur reprit de fief, en 1581, pour la terre d'Alligny et la Tour d'Ocle, anciennement dite La Tourd'Aligny.

N'ayant pas eu de postérité de son mariage avec Edmonde de Vingles, ni d'un second avec Charlotte de Saint-Belin, veuve de Guillaume de Clugny, baron de Conforgien , il légua ses domaines à Jean de Colombier, son neveu, écuyer, seigneur de Cogny. Celui-ci fit aveu à l'évêque, le 9 février 1583, pour Alligny, Gouloux et leurs dépendances. Pierre Quarré de Château-Renaud, mari de Jeanne, seconde fille de Jean d'Aligny, laissa deux fils . Edouard Ier, l'aîné, chevalier, seigneur de Château-Renaud, baron d'Alligny, lieutenant en la chancellerie d'Autun, s'unit à Marie de Cerveau, et en eut trois héritiers . Charles, baron d'Alligny, sieur de Château-Renaud, ayant épousé Marguerite de Malin, dame de Lux, de son union vinrent quatre enfants . François, baron d'Alligny capitaine d'une compagnie de chevau-légers, s'unit, en premières noces, à Jeanne de Boucanson, qui lui donna trois fils , et, en deuxièmes, à Claude Berbis, fille de Philibert, conseiller au parlement, dont il eut quatre enfants . Jean , issu du second mariage, fut baron d'Alligny, lieutenant-général à la table de marbre de Dijon et conseiller au parlement. Il épousa, en 1583, Marie Langlois , fille de Hugues, conseiller d'État de la république de Genève, et laissa onze descendants .

Quelques années avant sa mort, il fut forcé d'engager la baronnie à Jean Andrault, comte de Langeron, qui eut, en 1609, de graves démêlés avec l'évêque d'Autun pour la mouvance. Par arrangement du 18 février 1611, les habitants de la rive gauche de la rivière reconnurent devoir, chacun, au comte de Langeron , pour passer et repasser à pied, ou avec bœufs et chevaux, dans le chemin qui va de Bazoles à l'église, une poule, payable à leur volonté, depuis la Saint-Martin jusqu'au carême prenant. Gaspard Quarré de Château-Renaud, fils du vendeur, ayant fait retrait de la baronnie, en 1637, renouvela le terrier, douze ans après . Ce seigneur se distingua, comme avocat, au parlement, et acquit, par sa science, son brillant esprit et son inébranlable fermeté, une réputation méritée. Ses harangues, imprimées en 1657, fournissent , dit Tinsand , une preuve irrécusable de son profond savoir et de son zèle ardent pour la justice. Il épousa, en 1641, Marguerite Perreault de La Sarrée, fille de François et de N. de La Perrière, dont il eut cinq enfants . Pierre, l'aîné, baron d'Alligny, seigneur de Fétigny, de Juilly, brigadier des armées du roi, grand bailli de Charollais et gouverneur d'Autun, fut surnommé le Brave d'Aligny, par Louis XIV, à cause de sa belle conduite devant Maëstrich et Valenciennes. Ce monarque le créa comte d'Aligny en 1676.

Pierre fit, le 12 décembre 1695, avec les habitants d'Alligny, de la Crémêne, de Champcreux, de Jarnoy, de La Place et des Valottes, un traité par lequel ils lui abandonnaient une partie de leurs bois communaux, en leur permettant de défricher le reste. Il épousa Philippine de Montessus, fille de Bernard, baron de Rully, dont il eut Philippe, et en 1684, Colombe d'Anstrude, fille de Claude, chevalier, seigneur de Bierry, qui lui donna encore cinq enfants . Claude l'ainé, chevalier, comte d'Alligny, gouverneur d'Autun, et François, son frère, officier au régiment de La Chenelaye, érigèrent, près de la rivière, le 26 mars 1725, en l'honneur de la mort et passion de Notre Seigneur, une croix en pierre, qu'on y voit encore .

La terre d'Alligny fut acquise, en 1743, par François-Bernard-César, marquis de Choiseul, seigneur de Montsauche, d'Argoulais, de Palmaroux, de Bussière... homme de grand mérite et très religieux. Il mourut au château, le 5 juillet 1749, à l'âge de soixante ans. Son corps, accompagné de deux chanoines d'Autun et des curés de ses terres, fut transféré en cette ville et inhumé dans le charnier de ses ancêtres, en l'église Notre-Dame, dont il était collateur . Le convoi, à son arrivée à la porte de Marchaut, fut reçu par les chanoines de la cathédrale et de Notre-dame, en manteaux longs, par les magistrats de la ville, en corps, et conduit, en grande pompe, au lieu de sa sépulture. Le marquis de Choiseul laissa, de son union avec Charlotte de Foudras, un fils, le baron Louis-Marie-Gabriel-César, commandeur des ordres du roi , ambassadeur à la cour de Sardaigne... Celui-ci reprit de fief, en 1778, du comte de Montal, seigneur d'Island, et fit refaire le terrier, l'année suivante. Le certificat de sa présence en France, donné à Sancerre, le 5 octobre 1792, porte que sa taille était de cinq pieds quatre pouces. Il avait épousé Marie-Jeanne-Francoise Girard de Vannes, dame de Charnoy, de Sermoise..., dont il eut deux filles. Marie-Charlotte-Ferdinande, l'aînée, fut mariée à Armand-Sigismond-Félicité, comte de Sérent, auquel elle porta Alligny, Montsauche..., et Louise , à Renaud-César-Louis de Choiseul, baron de Chassy.... son cousin.

Alligny appartient actuellement au Comte Albéric-César-Guy de Choiseul, neveu de la douairière de Sérent. Nous renvoyons le lecteur, pour de plus grands détails, à l'article de Monisauche.

Dans une vallée, au nord-ouest, on rencontre La Chaux, Calx,


Château de La Chaux - Mai 2002

dont une partie dépendait de la baronnie et le reste formait un fief particulier, mouvant d'Island. Le château, flanqué de deux pavillons, a été reconstruit en 1860. La chapelle, bénite, le 5 mai, deux ans après, par Mgr Théodore-Augustin Forcade, évêque de Nevers, est dédiée à saint Joseph. Le fief de La Chaux appartenait, en 1338, à Jean de Bourbon, seigneur de Montperroux ; un canton de bois en rappelle le souvenir. Il fut, dans la suite, acquis par Lucas de Vésigneux, qui le laissa à Jacqueline, sa nièce. Celle-ci le fit passer à Saladin de Montmorillon , dont nous voyons une reprise de fief en 1398. Un siècle plus tard, il appartenait à Mathurin Pelletier de Chambure, écuyer, seigneur de Saint-Léger-de-Fourches, en partie. Jeanne-Baptiste Martenne, sa petite-fille , le porta, en mariage, à François de Maurepas, au souvenir duquel se rattache une aventure tragique. Épris d'un amour criminel pour sa belle-sœur, il résolut de se défaire de son épouse, femme recommandable par ses vertus. Une nuit donc, il saisit l'arme qui doit servir à ses coupables desseins et lâche, à travers une porte , le coup homicide, destiné à sa malheureuse compagne. Ce jour-là, les deux sœurs occupaient la même couche, et c'est l'objet innocent d'une passion désordonnée que la balle va frapper. A cette triste nouvelle, la justice accourt pour se saisir du coupable ; mais l'épouse outragée, ne consultant que son cœur, parvint à faire échapper ce mari barbare, qui, sous l'habit de paysan, put gagner les frontières de la Suisse.

La dame de La Chaux, sans doute. pour se soustraire à de funestes souvenirs, vendit son fief, le 9 septembre 1750, pour trente-un mille livres et un poinçon de vin de Santenay, à Pierre Serpillon, bourgeois de Saulieu, ancien lieutenant criminel au bailliage d'Autun. François-Samuel, fils de l'acquéreur, fut élu capitaine de la garde nationale d'Alligny, en 1790; il équipa, à ses frais, un volontaire de la commune. La Chaux, après avoir encore changé plusieurs fois de possesseurs, est enfin rentrée dans la maison de ses anciens maîtres. M. Eugène Pelletier de Chambure, conseiller général de la Nièvre, a fait subir à cette vallée, naturellement maigre, une heureuse transformation. On peut compter cette propriété au nombre des plus belles du Morvand. L'art a vaincu la nature. La maxime d'un de nos célèbres compatriotes: " Tant vaut l'homme, tant vaut la terre ", trouve ici son application . M. de Chambure a eu de Marie-Claudine Dareau, son épouse, petite-fille d'Étienne Dareau, ancien seigneur de Blancey , et conseiller-maître à la chambre des Comptes de Dôle, deux enfants : Marie-Marguerite , mariée à Octave de Balathier, et Hugues-Denis-Antoine de Chambure , jeune homme de grande espérance . Les armes de cette honorable famille sont : D'azur, à un chevron d'or, accompagné de trois pommes de pin de même, posées 2 et 1, à une croix d'argent, en chef.

Le second jour des Rogations 1791, Jean Regnier, de Réglois, s'étant permis d'enlever des rubans et fleurs qui ornaient la Croix de La Chaux, fut condamné, le 29 juin, par la municipalité à la requête du procureur de la commune, " à se prosterner, le dimanche 8 juillet, à l'issue de la messe paroissiale , à deux genoux, au pied de la croix du cimetière, à deux mains jointes, le chapeau sous le bras gauche, le temps et l'espace d'une heure, pour réparation de l'injure faite à ladite croix ; à payer, par forme d'amende, la somme de six livres, et encore à se transporter au corps de garde de Saulieu, pour vingt-quatre heures, en forme de correction ".

Au hameau de La Chapelle, sur l'ancien chemin de Montsauche à Saulieu, il existait jadis une chapelle rurale, dédiée à saint Franchy, qu'on y invoquait contre les maladies des troupeaux, d'où lui était venu le nom vulgaire de Chapelle-des-Brebis. Il s'y est tenu, jusqu'en 1849, un apport, dont Antoine Tixier, curé de Saint-Brisson, commis en 1667, pour la visite des paroisses de l'archidiaconé d'Avallon, parle ainsi: " On a coutume de se rendre, en procession, des paroisses voisines, le mardi de la Pentecôte, à une chapelle ruinée, qui portait le nom de Saint-Franchy, dans l'enclave de notre paroisse, auquel jour il s'y trouve des cabaretiers, et où on commet quantité de désordres, tant par les jeux, danses, batteries, blasphèmes, que débauches . " On déterra, près de l'emplacement, en 1849, des sarcophages en grès, renfermant des ossements humains. Les villageois d'alentour ont prétendu que cette violation des tombeaux avait attiré depuis, sur leurs champs, la grêle et les tempêtes..

Fétigny et Champcreux, au nord du bourg, formaient deux fiefs, en toute justice, dont l'un appartenait au chapitre d'Autun. Les sujets étaient tenus au guet-et-garde envers la ville de Saulieu. L'autre était possédé par les sires d'Alligny. On voyait au Champ-des-Fourches, comme il a été dit, le pilori de leur haute justice. Une ordonnance de Jean, duc de Bourgogne, astreignit les habitants au guet-et-garde et à l'entretien des fossés du château seigneurial. Ils devaient, en outre, au baron, à la fête des Rois, deux gâteaux, de dix deniers chacun, affectés sur leurs maisons et héritages .

Montabon et Montafroy, hameaux de Saint-Léger-de-Fourches , étaient membres de cette seigneurie. Les dîmes de ces villages produisaient, année commune, aux sires d'Alligny, huit setiers de seigle et autant d'avoine.

Ferrières, au sud-est, avec droit de justice, était un autre fief mouvant de la Tour-d'Island, et, en arrière-fief, du comté de Saulieu. Hugues de Fontette , seigneur de La Mothe-d'Aligny, le vendit, à la fin du quinzième siècle, à Charles d'Estinville. Jeanne de Chaulmery, veuve de ce dernier, en fit reconnaissance à l'évêque, au nom de Jean, Michel et Françoise, ses enfants , en 1503 .

Jarnoy, Janua, dans le flanc d'une montagne, près du bourg, à l'ouest, est connu par ses excellents navets. Le chapitre de Saulieu y possédait trois meix et quelques rentes seigneuriales. Au-dessus de ce hameau , sur le chemin de Montsauche, sont des restes de castramétation. Au-dessous, est le Moulin-Neuf, bâti sous la chaussée d'un étang du même nom. Les sires d'Alligny y percevaient des droits de péage sur les chariots et charrettes et sur les bêtes de somme, allant et revenant des foires des environs .

Nous quittons enfin la rive droite de la Taraine pour passer sur la gauche. Là se trouvaient plusieurs fiefs et seigneuries, dont nous allons parler.

Bazoles, ainsi nommé de sa situation dans une gorge, à l'est, était une dépendance de la seigneurie d'Island. Les sires d'Alligny percevaient un droit de péage sur le chemin de ce hameau au bourg. On y découvrit, en 1834, en fondant une maison, trois sarcophages en grès, renfermant chacun deux squelettes. Auprès, se trouvait une fosse commune , pavée de pierres plates, d'environ sept mètres de diamètre. Trois habitants de Bazoles : Michel, Claude et Barthélemi s'étant dit " entre eux les choses les plus vilaines et méprisantes qu'ils avaient pu inventer, et s'étant abîmés d'avanies ", furent condamnés, le 23 octobre 1791 , à trois livres dix sous chacun d'amende, par la municipalité. Celle-ci leur enjoignit très expressément, comme à tous autres de son arrondissement, "d'avoir dorénavant plus de chrétienté et d'humanité les uns pour les autres, sous peine d'y être pourvu plus rigoureusement ".

Beaumont, Bellomons, ainsi nommé de sa situation au sommet des montagnes, avait titre de baronnie, sans doute à cause de son union avec celle de Conforgien. La possession de ce fief donnait droit à une partie des dîmes de la paroisse. Les étangs de Beaumont et de Jean-de-Saulieu, qui en dépendaient, furent conservés, par délibération des habitants d'Alligny, du 21 janvier 1793, à cause de leur utilité .

Ruère, terre unie à la baronnie d'Island, donna lieu, en 1386, à un procès entre le duc de Bourgogne et le comte de Nevers, pour la mouvance, qui fut attribuée au dernier. Perrein d'Ostun, chevalier , seigneur de Chevigny-lès-Semur, reprit de fief en 1348, pour sa maison de Ruère et ses dépendances. Pierre II, son fils , renouvela ce devoir en 1366 et 1387. Marguerite de Moisy, dame de Mailly et d'Island, en donna dénombrement en 1409. Jean d'Estinville, son fils, vendit Ruère, le 24 février 1519, à Sébastien de Vésigneux, dont les descendants l'ont conservé jusqu'à la révolution .

Pensière , sur un large plateau, à l'est, possède des fours à chaux. Ils sont entretenus par une veine de pierres calcaires , d'un kilomètre de long, gisant au milieu d'un sol profondément granitique. C'est un quasi-phénomène, dont nous abandonnons l'étude aux géologues. Pensière appartenait, en 1448 à Renaud de Thoisy, receveur général du duc de Bourgogne. Germain-Anne Loppin, chevalier, comte de Montmort, président à mortier au parlement de Dijon, en était possesseur en 1751. Il tenait vraisemblablement ce fief de Claudine Espiard, dame de Blanot , sa femme. Bénigne-Catherine-Magloire, leur fils, seigneur de La Boulaye, de Launay et de Pensière, ayant émigré, en 1791, ses biens furent vendus nationalement.

La Pierre-Ecrite, Petra scripta, sur la route d'Autun à Saulieu, a été ainsi nommée d'un monument antique, remontant aux Gaulois. C'est un bloc carré portant, sculptées en relief, cinq figures grotesques , membres d'une même famille. On voit autour divers caractères hiérogliphiques, dégradés par le temps. Quelques antiquaires ont cru y reconnaître une épitaphe. En 1809, un habitant de ce hameau, Jean Machin, étant sorti, la nuit, de sa maison, fut attaqué inopinément par une hyène, qui lui sauta au visage. Notre homme, sans perdre sa présence d'esprit habituelle, étreint fortement la bête dans ses bras et l'entre dans sa chaumière. Sa fille, réveillée en sursaut, se lève, s'arme d'un grand couteau et le plonge dans la gorge de l'animal, qu'elle tua dans les bras de son père.

Réglois, où l'on voit un ancien castel, armé d'une haute tour avec mâchicoulis, possède une source chaude, nommée vulgairement Chaudes-Aigues. Ce hameau et celui de Marnay, son voisin, formaient autrefois une seigneurie, en toute justice, dans la mouvance du comté de Saulieu. Guillaume Lombard, bourgeois d'Autun, sieur de Chaumien, en reprit de fief de l'évêque, en 1356. On voit par l'acte d'aveu qu'il jouissait du droit de chasse, de mesure, de pèche dans les eaux du Tarnin et que sa justice s'étendait le long de cette rivière, depuis la vieille levée de l'étang d'Aligny, vers le soleil levant, jusqu'aux prés de Goix. Simon, Richard et Jean Lombard firent un dénombrement, où le dernier s'exprime en ces termes : " L'an de l'Incarnation 1402, le dimanche où l'on chante dans l'Église de Dieu : Judica me, je, Jehan Lombard, fils de Henri, fais reconnaissance à l'évêque d'Autun, à cause de Saulieu, de toutes les terres que je possède ès villes de Réglois, Marnay….., la mainmorte et les droicts d'icelle sur tous les homes de ladicte terre, la justice totale, la pesche dans les eaux du Tarnin." Dix ans après, Réglois appartenait à Renaud de Thoisy , receveur général du duc de Bourgogne et seigneur de Pensière. Le chapitre d'Autun acquit de la maison de Clugny, en 1503, une partie de ce fief, qu'il revendit bientôt à l'évêque. Celui-ci la repassa de même, en 1563 , à Jean Quarré, dont le fils, Antoine de Réglois, épousa Marguerite Raudot, fille de Pierre, seigneur de Renève. Gaspard Quarré, capitaine au régiment de Genlis, fit aveu pour la moitié, en 1650. Un décret des requêtes du palais de Dijon l'adjugea, neuf ans après, à Pierre Quarré, écuyer, chanoine de la Sainte-Chapelle de cette ville. A sa mort, en 1702, Réglois fut saisi sur ses héritiers et vendu à Pierrette Gauthier, veuve de Jean de Clugny, lieutenant-général au bailliage de Dijon. Cette dame possédait déjà l'autre moitié, qu'elle tenait de Jean, son frère, maître des requêtes de Bourgogne. Pierrette mourut peu de temps après, laissant ses biens à Philippe Lenet, à Philippe de Lamarre, à Jean Filzjan et à Etienne de Clugny, baron de Nuits, ses neveux, qui vendirent cette terre, le 11 janvier 1714 pour neuf mille cinq cents livres, à François Balivet, dont le fils, Claude, reprit de fief en 1763. Marie, fille de ce dernier, épousa, quinze ans plus tard, François Adelon de Chaudenay, officier du génie ; elle en eut aussi une fille, mariée, en 1799, à Jean-Auguste Raudot , qui fut élu quatre fois député de l'Yonne, sous la Restauration. Il était fils de Jean, conseiller-secrétaire du roi, maison-couronne de France, charge qui conférait le privilège de la noblesse, au premier degré. Jean Raudot, l'un de ses aïeux , seigneur de Bazarne et du Coudray, fut aussi conseiIler-secrétaire du roi. Celui-ci laissa trois fils. Jacques, l'aîné, conseiller au parlement de Metz, fut nommé intendant du Canada par Louis XIV, le 1er janvier 1705. Réglois appartient encore à M. Raudot, fils de Jean-Auguste, ancien représentant du peuple , homme d'esprit, d'étude et auteur de plusieurs ouvrages historiques.

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